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Quand on parle de fées, on a tout de suite l’image des fées Disney qui nous vient à l’esprit : marraine la bonne fée, fée Clochette, une vision très stéréotypée et calibrée qui efface complètement le côté ambivalent, dangereux et social des fées. Heureusement pour nous, des chercheurs ou simples passionnés ont arpenté les contrées de l’ouest de l’Europe depuis plusieurs siècles pour recueillir les croyances populaires et les récits féériques des populations traditionnelles.
Les fairies des pays celtes et Fairyland
Le "petit peuple"
Le sujet des fées n’est pas aussi simple qu’il en a l’air. Déjà, de qui parte-t-on exactement? Des fées de quels pays ? Parce que, des fées ou des équivalents, il y en a partout, dans toutes les cultures et à toutes les époques. Pour cet épisode, on va rester en France et dans les pays d’histoire celte dirons-nous, c’est-à-dire l’Angleterre, l’Irlande, Irlande du Nord, Écosse et Pays de Galle.
Ceci étant dit, je vous propose de commencer de façon un peu scolaire avec de l’étymologie. Le mot « fée » vient du latin fatum ou fata au pluriel. Et les fata, chez les romains, ce sont les déesses romaines qui président à la destinée de chacun. Les italiens ont gardé ce terme qui s’est transformé en fada dans le sud de la France. Eh oui, quand on dit de quelqu’un qu’il est fada c’est d’abord qu’il est devenu simple d’esprit pour avoir contemplé les fées! Les anglais ont d’ailleurs une expression équivalente, « away with the fairies » qui signifie la même chose et a progressivement désigné les personnes dans la lune.
Une fois ces bases posées, je ne vous cache pas que j’ai eu du mal à décider par où prendre le problème de l’origine des fées, qui est très compliqué. Alors j’ai décidé de partir des collectes d’informations qui ont été faites par des érudits il y a fort longtemps ou plus récemment par des chercheurs, souvent en thèse, et qui ont arpenté plusieurs pays et recueilli les récits des gens sur le sujet, notamment dans les pays anglo-saxons où ces croyances sont restées vivaces longtemps. Il faut dire que le monde rural a assez peu changé entre le Moyen Âge et la révolution industrielle et la façon dont les gens appréhendaient le monde également. Mais on a commencé à collecter les histoires et les récits du folklore dès le XVIIe siècle, notamment en Écosse. Et c’est comme ça qu’on a aujourd’hui plein d’histoires de fairies. oui, je vais, surtout dans un premier temps, utiliser le terme fairies, qui est lui-même utilisé par les chercheurs). Et là je sais que les auditeur.ices les plus assidu.es ont les antennes qui frétillent puisque j’ai déjà évoqué les fairies dans l’épisode sur les origines d’Halloween. Vous savez donc que ces êtres du folklore plutôt anglo-saxon n’ont rien à voir avec les fées de Disney : pas de marraine la bonne fée, pas de baguette, pas d’ailes. Elles étaient surtout puissantes, intelligentes douées du don de double vue (oui oui, comme les fata romaine), dangereuses, capables de faire du mal voire de tuer le bétail ou les êtres humains. Il fallait donc les éviter à tout prix ou les apaiser. Et comme je n’avais pas eu le temps de m’appesantir sur le sujet dans l’épisode sur Halloween, je vais le faire ici et vous en dire plus sur ceux qu’on appelle notamment « le petit peuple ». Ça ne veut pas dire que les fairies sont forcément petites mais on y reviendra. On ne nomme jamais les fairies, on leur donne des petits noms gentils, parce que, comme on ne les voit pas forcément, car elles peuvent se rendre invisibles, il vaudrait mieux éviter de les fâcher. Dans les Highlands écossais, on les surnomme notamment « le bon peuple », « le peuple invisible », « les gentils voisins », « le peuple honnête », « le peuple gris » dans les Orcades, « le peuple caché », etc.
En tous cas, ces fairies ont un mode de vie plutôt agréable.
Style de vie et activités des fairies
Vêtements et style de vie des fairies
La plupart des fairies n’ont pas vraiment de problème d’argent. On raconte qu’ils et elles sont luxueusement habillés, souvent en vert, couleur considérée de mauvais augure, vivent dans des palais magnifiques où l’on organise des bals somptueux. La plupart du temps, ils ressemblent à des humains, mais ont une plus grande force physique et, on l’a dit, peuvent se rendre invisibles. Tous comme les humains des anciennes sociétés traditionnelles, les fairies aiment la chasse, la musique, la danse, le bon vin et s’envoyer en l’air (la plupart du temps avec des humains). Les fairies femmes, comme les humaines, sont connues pour filer, teindre et broder. Les fairies aiment surtout semer la pagaille dans le monde des humains et en enlever un ou deux de temps en temps. L’une de leur technique de kidnapping est d’ailleurs la danse. Cette danse, qui se pratique en cercle, laisse des traces. Ce sont les fairy rings, qu’on appelle des ronds de sorcières en français, vous savez, ces cercles presque parfaits délimités par des champignons ou des fleurs qu’on trouve naturellement dans la nature et dont on dit qu’il est dangereux d’y pénétrer.
Ensorcellements, contre-enchantement et changelins
Les enchantements des fairies
L’enlèvement, chez les fairies, c’est un véritable sport national. Pourquoi kidnappent-elles les humains? Pour se trouver un.e amoureux.se, trouver une nourrice, une sage-femme, avoir un bébé, pour se venger d’un outrage ou juste pour le plaisir. Et il y a des dizaines et des dizaines de situations dans lesquelles on risque d’être enlevé. Si on boit, on mange, on parle ou on dort dans des endroits tabous (sous certains arbres, sur des collines), avec de la musique, de la danse, un tourbillon magique, etc. On rencontre les fairies sous certains arbres particuliers, notamment les pommiers ou l’aubépine, près des puits, des rivières ou des bois. Il ne faut jamais accepter les cadeaux que vous font les fairies ni manger la nourriture qu’elles vous offrent. Afin de garder les humains captifs, elles changent parfois leur nom, un procédé qu’on rencontre dans beaucoup de cultures.
Pour attaquer les humains, les fairies ont des armes. On parle surtout de flèches et de fléchettes qui seraient dans une sorte en silex et qu’elles lanceraient sans arc, d’une simple chiquenaude. Cette croyance provient sans doute des têtes de flèches en silex préhistoriques que les paysans retrouvaient parfois dans leurs champs.
Pour les femmes, le moment de l’accouchement est considéré comme particulièrement dangereux. Elles peuvent être enlevées pour servir de nourrices aux enfants fairies ou alors, ce sont les enfants qui sont parfois enlevés.
Le lieu et la date sont toujours signifiants dans les histoires d’enlèvements de fairies. Vous l’aurez peut-être remarqué, les lieux propices aux enlèvement, la forêt, les puits, les cours d’eau sont ce qu’ont appellent des lieux liminaux, des entre-deux. Et c’est pareil pour le temps. Les risques d’enlèvement sont considérés plus grands, devinez quand ? À Samhain, c’est-à-dire Halloween, fête liminale par excellence et son équivalent, la fête de Beltaine que vous connaissez de nom si vous avez écouté l’épisode sur les druides. Halloween est le passage de la saison claire à la saison sombre et l’ancienne nouvelle année celte et Beltaine, célébrée le 1er mai, marque le passage de la saison sombre à la saison claire. On considérait que les fairies déménageaient à cette époque et qu’il était donc plus plausible de les rencontrer par inadvertance. Autre particularité : le temps est curieusement contracté dans le monde des fairies. Il existe de très nombreuses histoires d’enlèvements dans lesquelles les personnes kidnappées finissent par revenir après avoir passé 7 semaines, 3 ans ou 7 ans chez les fairies et découvrent que 10 ans, 20 ans, voire 1000 ans se sont écoulés.
Dire que toutes les fairies sont mauvaises seraient toutefois mentir : certaines aident les humains, sont bienveillantes. Mais dans le doute, il vaut mieux se méfier : les cadeaux que font les fairies sont rarement gratuits, ce sont souvent des dons, comme le don de guérison ou de double vue et il n’est pas rare qu’il en coûte aux humains quelques années de servitude ou… des relations sexuelles.
Briser les enchantements des fairies
Quoiqu’il en soit, mieux vaut se préserver des enchantements des fairies. Et pour ça, il existe de nombreux moyens, nous raconte-t-on. Évidemment, l’Église ayant mis son nez dans les affaires féériques très rapidement (on y reviendra), on préconise d’évoquer Dieu, de porter une croix ou une Bible pour éloigner les fairies. Et surtout on utilise le fer. En effet, une croyance répandue veut que les fées craignent le fer. Ce n’est pas pour rien que leurs pointes de flèche sont en silex ! On mettait donc des morceaux de fer dans les berceaux ou les lits pour éviter les enlèvements et on protégeait les étables avec des fers à cheval, ce qui a peut-être contribué à leur réputation de porte-bonheur. Certains arbres protégeraient des fairies comme le houx et le sorbier de même que les cours d’eau que, souvent, les fairies ne peuvent pas traverser. Car rien ne sert d’essayer de tuer des fairies avec des armes humaines, ça ne fonctionne pas. Les fameuses têtes de flèches en silex où les pierres trouées (hag stone) sont réputées protéger ou guérir.
Pour guérir d’un enchantement où revenir chez soi après un kidnapping, les fameuses dates liminales évoquées tout à l’heure sont les plus propices.
Les changelins
Vous l’avez compris, le kidnapping est l’un des passe-temps préféré des fairies. Mais il y a un type d’enlèvement qui inquiétait bien plus les populations que les autres, et on l’a évoqué dans l’épisode sur Halloween, c’est le changelin. Les changelins sont des enfants-fées mis à la place des nouveau-nés humains enlevés par les fairies. Ces changelins étaient décrits comme étant plutôt malingres, en mauvaise santé, pleurant beaucoup et n’étant jamais rassasiés. Ils grossissaient peu et, même quand ils grossissaient, ils ne pesaient pas plus lourd. Pour éviter l’échange à la naissance, on mettait des objets en fer dans le berceau, du sorbier, on emmaillotait l’enfant dans les vêtements des parents ou on l’habillait en fille parce qu’il semblerait que les cas de changelins touchent plus les garçons.
Évidemment, les parents tentaient récupérer leur soi-disant véritable enfant. Pour cela on pouvait essayer de faire parler le changelin, lui faire avouer son âge, passer les vêtements de l’enfant dans la fumée du feu, mais malheureusement, les techniques utilisées étaient souvent beaucoup plus radicales et… dangereuses. Une croyance répandue, notamment en Écosse, voulait que si on laissait l’enfant dehors toute la nuit, près d’un puits ou d’une pierre particulière, l’enfant humain serait rendu à ses parents.
Il existe aussi d’autres « méthodes » qui sont particulièrement violentes comme les mettre dans le feu. Toujours est-il que bon nombre de ces soit disant enfants-fairies sont morts de ces traitements
Le concept du changelin a fait couler beaucoup d’encre et a donné naissance à plusieurs théories. Par exemple, les changelins seraient une explication populaire aux handicaps, notamment mentaux, de certains enfants. En Écosse, on disait des personnes victimes de maladies mentales ou de handicaps physiques qu’ils étaient « de la colline ». On en revient un peu à l’expression fada et « away with the fairies ». Une autre théorie voudrait que cette croyance était une façon pour les parents d’exprimer un rejet d’un enfant sans problématique particulière, rejet qui, sans l’histoire du changelin, serait inacceptable socialement. Dans le cas de traitements brutaux, la légende du changelin pourrait être tout simplement la légitimation culturelle de l’infanticide. Dans des sociétés où les enfants devaient travailler tôt au service de la famille, dans les champs etc., un enfant présentant des handicaps était considéré comme une personne dépendante, une bouche en plus à nourrir qui ne pourrait jamais travailler. Pour résumé, c’est une personne dépendante au lieu d’un futur travailleur productif. Cette croyance serait alors une méthode socialement acceptée pour commettre un infanticide. C’est cynique, je vous l’accorde mais sachant que bon nombre de rituels censés ramener le véritable enfant avait un lien avec la nourriture, ça fait sens.
En tous cas, cette croyance a le cuir épais : on a la trace à la fin du XIXe siècle d’un homme dans les Orcades, les îles écossaises, réputé être un changelin. On sait qu’il était toujours vivant en 1924.
C’était hier.
Fairyland, le pays des fairies
Il ne nous reste plus qu’à parler du pays des fairies – Faryland – pour être tout à fait exhaustifs. Vous ne serez pas étonnés de découvrir qu’on y entre par des passages liminaux. Dans le célèbre conte écossais Thomas the Rhymer, la reine des fairies emmène Thomas à Fairyland et lui montre trois routes : l’une d’elle, facile et dégagée mène à une vie sans gloire, parfois identifiée comme l’Enfer, la seconde, difficile et escarpée amène à la gloire ou parfois au Paradis et la 3e mène au pays des fairies, une espère d’entre-deux difficilement définissable, un concept sur lequel on reviendra.
Dans les histoires, on entre à Fairyland en pénétrant dans les collines, généralement en suivant des fairies qui seules savent les ouvrir, par les puits, par les cercles dans l’herbe, dans certaines caves, dans les forts, près d’une pierre ou d’un arbre particuliers. Bref, vous pouvez facilement vous retrouver à Fairyland sans faire exprès. En France, on connait la roche aux fées dans le Puy-de-Dôme et d’autre pierres spécifiques près de Blois et de Tours.
Fairyland est décrit comme une monde extraordinaire avec un palais magnifique, des bals, de la musique, des cuisines qui débordent de nourriture. Une sorte de monde inversé pour une population qui, bien souvent, ne connaissait pas l’abondance.
La croyance aux fairies est bien marquée dans certains territoires, notamment les Highlands écossais ou l’Irlande où il n’est pas rare que les noms de lieux trahissent cette croyance.
En tous cas, l’existence supposée de Fairyland et de territoires appartenant aux fairies paraît aussi et surtout avoir une utilité sociale : protéger la communauté de dangers, connus ou présumés en rappelant que s’éloigner du village n’était pas sans risque.
Différentes fairies d'Angleterre, Écosse, Irlande, Pays de Galles, Cornouailles et Bretagne
Maintenant qu’on a bien débroussaillé le terrain, laissez-moi vous présenter quelques fairies et traditions. Dans les territoires de culture celte, il existe de nombreux types de fairies différents. En Écosse on connait par exemple les brownies ou Urisk dans la partie sud du pays. Souvent décrites comme disgracieuses, ces petites fairies étaient liées à une famille pour laquelle elles accomplissaient en tout discrétion de gros travaux, le plus souvent la nuit, loin des regards indiscrets. On les récompensait en leur laissant à manger. Certains brownies avaient le don de double vue et l’une des histoires les plus connues raconte comment l’un d’entre eux s’est enfui après qu’on lui eut donné des vêtements. Ça vous rappelle quelque chose ? C’est normal, ces fairies ont servi de modèle aux personnages des elfes de maison dans une série de livres présentant les histoires d’un petit magicien, écrit par une autrice dont la transphobie m’interdit de prononcer le nom.
Dans les Orcades et les Shetlands on trouve aussi les trows, des sortes de trolls hérités de la culture viking, réputés pour adorer la musique et très bons joueurs du violon. Ils adorent danser et, comme ils boitillent, on raconte qu’ils ont la démarche chaloupante d’un bateau.
En Irlande, les fairies sont intimement liées avec l’histoire mythologique des lieux mais on y reviendra. Les fairies d’Irlande et d’Écosse ont beaucoup de similitudes mais on peut toutefois citer le Leprechaun, sans doute le plus connue et, pour les autres, je vous renvoie à l’épisode sur Halloween qui vous parle de la Banshee ou de Jack O’lantern.
En Angleterre on parle souvent des hobgoblins, qui sont aussi des brownies mais ont tendance à voler dans le grenier des voisins pour le maître de la maison où ils vivent. Robert Louis Stevenson, l’auteur de L’île au trésor, avait coutume de dire qu’il devait son succès à des hobgoblins, et qu’ils avaient plus de talent que lui.
Au pays de Galles, les fairies sont aussi très actives : elles recrutent des hommes humains pour les marier à des fairies femmes. On dit également que des fairies viennent la nuit dans les maisons pour laver et habiller leurs enfants. Si les habitants nettoient bien la maison et préparent un pot d’eau à leur intention, elles laissent un cadeau. À l’inverse, si la maison est mal entretenue, si l’eau est sale, les fairies pincent les responsables dans leur sommeil. Elles viennent aussi souvent emprunter des objets.
En Cornouailles, on connait aussi les brownies, sauf qu’on les appelles Piskies ou Pixies.
En Bretagne on a aussi une sorte de Brownie, un esprit dans chaque maison qui participe aux tâches de la maison. Il faut faire attention à lui et ne rien laisser de chaud par exemple, pour qu’il ne se brûle pas, sinon il joue de mauvais tours aux habitants.
Il existe beaucoup de fairies liées à la mer en Bretagne comme les Marie-Morganes, version bretonne de la sirène. Éternellement jeunes et belles, elles s’installent le soir sur les rochers pour se brosser les cheveux en chantant et les marins, qui ne peuvent leur résister, viennent échouer leur bateau près d’elles. Mais les Marie-Morganes, si elles sont heureuses d’avoir pu attraper un homme, sont condamnées à les tuer dès qu’elles le touchent : elles sont donc toujours insatisfaites et désespérées.
Évidemment, en Bretagne, on trouve les korrigans, très populaires dans les récits. Ils aiment jouer des tours, danser en cercle et inviter des humains dans la danse, qu’ils font parfois danser jusqu’à épuisement.
On le voit, il existe de nombreuses similarités entre les fairies de ces régions. Une autre des caractéristiques communes est le lien entre fairies et défunts. En Bretagne particulièrement, il existe beaucoup d’histoires liées aux morts qui habiteraient avec les vivants mais seraient invisibles. La légende de l’Ankou comme présage de mort en Bretagne fait écho à la Banshee irlandaise et écossaise ou avec les corpse candles au Pays de Galles, des sortes de feux follets.
Dans tous ces pays, la frontière entre fairies et défunts est floue, voire inexistante : ils vivent plus ou moins aux mêmes endroits, les histoires et témoignages racontent souvent que des défunts ont été vus en compagnies des fairies. Et ce n’est pas pour rien qu’on raconte que le fer peut empêcher les défunts de revenir…
L'origine des fairies
Les pictes ou la théorie des Pygmées
Maintenant qu’on a fait le tour de la question, reste à savoir d’où viennent ces croyances. Inutile de vous dire que, sur cette question, il existe beaucoup de théories, plus ou moins sérieuses.
L’une de ces théories se nomme la théorie des Pygmées ou la théorie des Pictes et est directement en lien avec le problème de la taille des fairies. On raconte en effet que les fairies seraient des Pictes, un peuple qui a vécu dans le Nord de l’Écosse. Dans cette région, on trouve des structures et des fortifications pictes qui ont de petites entrées et de petites marches. Il y a aussi des structures de la période romaine qui étaient sans doute des celliers et présentaient donc des plafonds bas. Ça a suffi à faire croire que les Pictes étaient tout petits et, comme il y a pas mal de structures souterraines, on en a conclu qu’ils vivaient dans des cavernes et sous les collines.
Et la théorie des Pygmées parle d’un peuple très ancien qui aurait été obligé de se cacher dans des endroits inaccessibles à l’arrivée des Celtes.
Bref, il n’y a pas grand-chose d’historique là-dedans, on est possiblement sur une mémoire populaire ancienne qui se serait mélangée à la croyance aux fairies.
La théorie druidique
Une autre théorie, moins connue, est la théorie druidique, qui veut que la mémoire des druides serait responsable de ces croyances. Problème, ce serait une mémoire transmise par les druidesses et, si vous avez écouté l’épisode sur les druides, vous savez qu’il y en avait fort peu. Le plus improbable est que certains pensaient que les druides allaient voler des enfants pour en faire des membres de leur ordre.
L'origine celte des fairies
Évidemment, la théorie la plus crédible est celle qui lie les fairies à la mythologie celte : les fairies seraient des figures diminuées des anciennes divinités celtes. Rappelons la tradition irlandaise : selon la mythologie, l’Irlande aurait été conquise par vagues successives ou chaque envahisseur chasse les précédents. Dans ce contexte, les Thuatha Dé Danann, les dieux, sont défaits par les Milésiens (c’est-à-dire les humains). Ils concluent un marché : les humains habiteraient la surface de la terre, les Thuata dé Danann se retireraient à l’Ouest et hériteraient des cavités souterraines, des eaux… Bref, des endroits où on trouvent nos fairies
Les dieux celtes vivent dans le Sidhe, là où vont aussi parfois les morts. Et c’est loin d’être les seules similitudes. On retrouve le sacrifice de nourriture de Celtes dans les traditions populaires avec le lait ou les gâteaux laissés aux Brownies, la nourriture laissée sur la table pour les morts ou sur le perron pour les fairies à Halloween.
On retrouve également toute la problématique des tabous. Vous vous en souvenez sans doute, dans l’épisode dédiés aux druides, je vous avais expliqué que les druides déterminaient des interdits, notamment pour les guerriers, interdits que l’on retrouve partout dans la mythologie. On retrouve les mêmes interdits chez les fairies : il ne faut pas les nommer directement, ne pas couper tel arbre en lien avec elles, ne pas passer par tel chemin, etc.
Ce lien avec les celtes ne concerne bien évidemment pas que l’Irlande même si c’est son histoire qui nous donne le plus de matière sur le sujet. En Écosse, par exemple, la reine des fairies est parfois appelée NicNiven ou Niven. Son nom serait dérivé de Nimain ou Nimhain, une des furies de la guerre de la tradition gaélique et cette déesse a un autre nom, Badb: ce sont sans doute deux aspects du même personnage. La célèbre déesse celte Morrigan serait par ailleurs une triple déesse composée notamment de Macha et Badb.
Le lien entre fairies et culture celte donc assez solide. Et pourtant, ce n’est pas la seule théorie sérieuse et crédible.
L'origine scandinave des fairies
Une autre théorie soutient l’origine scandinave des fairies. Comment le sait-on ? Grâce à la philologie, c’est-à-dire l’étude de la langue, en l’occurrence la langue scandinave car, dans la culture anglo-saxonne, il existe un autre mot pour désigner les fairies, une sorte de synonyme : le mot « elfe ». Et le mot « elfe » a clairement des origines scandinaves.
Les elfes hérités de l’ancien norrois n’ont rien de petits. Ce sont des êtres qui ressemblent aux humains. En étudiant les différents mots qui utilisent la racine du mot « elfe », les chercheurs ont pu déterminer leurs caractéristiques. Tout d’abord ils sont beaux, mais d’une beauté dangereusement séduisante car surnaturelle. Et dangereux, ils le sont : un livre de remèdes anglo-saxon du Xe siècle explique comment guérir des « elf shot », les fameux tirs de flèches en silex qui visent les humains et le bétail. Les elfes sont associés aux prophéties, donc aux dons de double vue.
Chose intéressante, le mot « elfe » chez les anglo-saxons désignait en premier lieu des entités masculines puis, un peu avant le XIe siècle aussi des entités féminines. Mais en réalité, dans la culture scandinave, les deux genres ne sont pas « homme » d’un côté et « femme » de l’autre. Non, d’un côté on avait le genre puissant et vigoureux et de l’autre doux et moins puissant et ça n’a aucun rapport avec le sexe biologique. Non seulement les elfes masculins d’origine scandinave ont un physique très féminin mais beaucoup d’elfes féminines sont puissantes et portent les armes (pensez aux Valkyries). C’est un procédé bien connu notamment au Moyen-Âge d’inversion en miroir, celui du genre étant le plus éloquent, pour montrer le côté liminal de certaines entités. On retrouve encore et toujours cette idée de liminalité. Et si on sait que des femmes anglo-saxonnes ont été enterrées avec des armes, on sait aussi que des hommes ont été enterrées habillés avec des vêtements féminins. On pense que ces pratiques concernaient les groupes de personnes pratiquant la magie : en gagnant en liminalité justement, ils gagneraient en pouvoir. Ce n’a donc rien à voir avec une quelconque appartenance à une identité de genre différente mais ça montre, en tous cas, que les elfes ont une image plutôt genderfluid : les elfes masculins, eux aussi, dansent en faisant apparaître des pâquerettes sous leurs pieds!
Dans les histoires qui circulent des siècles plus tard, on retrouve ce genre de problématique, notamment avec la reine des fairies écossaise qui est bien plus importante que son mari. Cette particularité a tendance à disparaître, sans grande surprise, au Moyen Âge.
C’est très résumé mais je pense que vous avez retrouvé un certain nombre de caractéristiques que j’ai énumérées en début d’épisode dans la descriptions des elfes anglo saxons. Il est donc probable que nos fairies soient un mélange de plusieurs traditions, celte et scandinave. Les elfes, comme les fairies, servent à marquer la transgression des frontières sociales. Ceux qui s’y risquent sont blessés ou leur esprit est altéré. Ils sont punis de leur transgression.
Maintenant qu’on a une idée un peu plus claire d’où viennent ces croyances, restent à déterminer comment elles ont évolué jusqu’à aujourd’hui. On était revenus aux scandinaves et aux Celtes, on va maintenant passer au Moyen Âge
La diabolisation des fées du Moyen Âge
Mythes et contes de fées
On ne sait pas vraiment ce que signifie « croire aux fairies » au Moyen Âge : non seulement on a peu de sources écrites mais ceux qui les écrivent sont généralement des membres de l’élite cléricale qui n’y croient pas ou pas officiellement. Il existe cependant une littérature vernaculaire, c’est-à-dire plus populaire et détachée des enjeux cléricaux. C’est dans celle-ci qu’on trouve les prémices de ce qu’on appelle les contes de fées. Dans les année 1160, Marie de France composent douze lais (c’est-à-dire des poèmes) inspirés de contes populaires bretons dans lesquels on retrouve des loups-garous, des fées, des objets merveilleux. La prédication du XIIIe siècle nous a également donné des recueils d’exempla. Un exemplum est une sorte de récit moralisant destiné à donner un modèle de comportement. Ces recueils utilisent les histoires et les contes populaires dont certains seront d’ailleurs repris par les frères Grimm.
Le Moyen Âge fait feu de tout bois et on voit des mythes transformés en contes merveilleux comme le mythe d’Orphée et d’Eurydice qui devient le conte de Sir Orfeo qui part à la recherche de son épouse Heurodis.
Même si cela a déplu à l’Église – et on va longuement en parler – les fées sont partout dans la vie quotidienne au Moyen Âge et les personnages influents du royaume sont parfois réputés avoir commerce avec elles ou parfois même s’en réclament. L’exemple de Mélusine est le plus évident. Raymondin, gentilhomme du Poitou a épousé la fée Mélusine. Ils ont eu dix enfants dont beaucoup ont eu des destins assez glorieux mais évidemment, il y a, dans cette histoire aussi, un interdit à ne pas enfreindre : Raymondin ne doit pas chercher à voir Mélusine le samedi, jour où elle se baigne seule dans une pièce du château. Évidemment, Raymondin va l’espionner un samedi et la découvre à moitié métamorphosée en serpent. Mélusine s’enfuit alors par la fenêtre et on ne la reverra plus jamais. Ce texte du XIVe siècle écrit par Jean d’Arras, derrière des atours merveilleux, a une utilité politique : il sert de mythe fondateur à la maison de Lusignan. Et il n’est pas rare, au Moyen Âge, pour les personnages influents, d’avoir une ou deux fées dans son arbre généalogique. Autre exemple : Tiphaine Raguenel, l’épouse de Du Gesclin, était réputée être une fée. La preuve qu’il n’y a pas que les paysans et les petites gens qui croyaient aux fées!
Concernant Du Guesclin, il faut dire qu’il était originaire de Bretagne, pas très loin de Brocéliande et que, du côté de Brocéliande, les fées n’étaient pas rares…
Arthur et la matière de Bretagne
Au Moyen Âge, Brocéliande est définitivement LA demeure des fairies. On les associait notamment avec la météo comme c’est le cas de la légende de la fontaine de Barenton qui raconte qu’il suffit de jeter de l’eau sur la pierre pour déclencher une tempête, sous-entendu sur l’intervention des fairies. Cette croyance locale était tellement ancrée dans les esprits qu’elle apparait même dans des textes légaux.
Mais bien évidemment, quand on pense aux fées en Bretagne au Moyen Âge, on pense aux récits liés au roi Arthur qui comptent plusieurs fées. Il y a bien sûr la fée Viviane qui a beaucoup changé de noms : on la connait aussi sous le nom de Nimue, Ninianne voir Niviène. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me rappelle Niven ou NicNiven, la reine des fairies écossais. Coïncidence ?
Mais la fée la plus importante du cycle arthurien, c’est bien sûr Morgane. Morgane a une identité floue tout au long du Moyen Âge. Au début, elle est plutôt positive : c’est elle et ses huit sœurs qui recueille Arthur gravement blessé après la bataille de Camlann, sur l’île mythique d’Avalon. Cette fée et magicienne est considérée parfois comme une incarnation de la déesse Morrigan, qui représente le destin : Morrigan accueille les défunts comme Morgane accueille Arthur à l’aube de sa mort potentielle. Mais plus les textes sont tardifs, plus Morgane devient maléfique. Apprentie de Merlin, elle est parfois montrée comme une prédatrice sexuelle qui enlève ses amants et les amène dans l’Autre-Monde : on a là une vraie fairy. Elle devient en quelque sorte le pendant maléfique de Viviane, alors qu’à l’origine, elles étaient une seule et même personne : elles sont toutes les deux des fées, sur une île qui recueille un personnage du cycle Arthurien (Viviane élève Lancelot sur son île et Morgane recueille Arthur sur la sienne), les deux ont été des amantes et des apprenties de Merlin, et si Viviane est une fée de l’eau, c’est-à-dire une nymphe, Morgane a aussi un lien avec cet élément puisque son nom signifie littéralement « qui vient de la mer ». Rappelez-vous des sirènes bretonnes qu’on appelle les Marie-Morgane! Les deux personnages sont finalement les deux versants de la nature de Morgane.
Et finalement, ce qui arrive à Morgane, le fait qu’elle devienne de plus en plus maléfique avec le temps, est tout à fait symptomatique de ce qu’il est advenu des fairies au Moyen Âge.
La diabolisation des fairies au Moyen Âge
Petit rappel utile, le Moyen Âge est une longue période disparate qui va du Ve siècle au XVe siècle. Sur les 700 premières années, on n’a pas grand-chose sur les fées : le parti pris de l’Église à leur sujet semble se réduire à faire comme si elles n’existaient pas, à l’écrit tout du moins. On les ignore. On commence à les voir apparaître dans les manuscrits érudits au XIIIe siècle, quand la politique à leur endroit change : les fairies sont diabolisées et sont finalement considérées comme des démons mais des démons mineurs, genre des démons qui sont moyennement convaincus par Lucifer, vous voyez? Une espèce d’entre-deux qui est assez drôle quand on pense au côté liminal des fées. Vous vous souvenez du conte écossais Thomas the Rhymer où la reine des fairies lui montre les trois routes ? L’une mène vers le Paradis, une autre vers l’Enfer et la troisième à Fairyland : ce n’est pas l’enfer, mais ce n’est pas le Paradis non plus.
Les ouvrages de l’époque regorgent de religieux qui triomphent de démons qui vivent dans des cavernes ou dans les bois et se baladent en groupe à cheval : ce sont en fait des fairies.
Contre les fées, l’arme de prédilection de l’Église est le prêche mais il possible que ça n’ait pas bien fonctionné si on considère que les termes « elf queen » et « elf king » – c’est-à-dire « reine des elfes » et « roi des elfes » – aient été régulièrement utilisés lors de rebellions.
L’Église tente donc de trouver une parade à chaque problématique soulevée par les fairies, par exemple, leur sexualité débridée. Les histoires de fairies sont émaillées de relations sexuelles (qui ont souvent disparu au fur et à mesure des réécritures), voire d’agressions sexuelles. Du coup, les prêcheurs expliquent à leurs ouailles que les fairies tentent de salir les humains via le péché de luxure. La capacité des fairies à procréer est aussi un problème parce que les démons, normalement, ne font pas d’enfant. Et alors là, accrochez-vous, l’une des explications données par l’Église est que les démons peuvent collecter la semence humaine pour faire des inséminations démoniaques. C’est technique.
Et puis, les démons sont censés être immortels et si les fairies ont une longue vie, elles peuvent mourir. Qu’à cela ne tienne ! Dans le cas des fairies qui ont un parent humain, on dit, en gros, que c’est génétique, sinon que ce sont des illusions démoniaques qui meurent, pas les vrais démons! Et enfin, le fait que les fairies puissent connaître l’avenir, ça pose un sérieux problème aux théologiens. Bah, c’est pas grave, on n’a qu’à dire que certains démons sont plus doués que d’autre et peuvent voir l’avenir. Bref, l’Église se contorsionne et se fait des nœuds au cerveau pour faire coller les croyances populaires aux démons de la Bible.
Incubes et succubes
L’Église se passionne particulièrement pour la vie sexuelle de ses ouailles et s’inquiète de la multiplication des histoires de coucheries entre des femmes humaines et ce qu’elle a appelé des incubes, c’est-à-dire des fairies masculines. Le problème, voyez-vous, c’est qu’il existe un exemple particulièrement populaire qui vient en plus détruire l’idée de stérilité des fairies-démons, c’est Merlin, le Merlin de la Table Ronde, qui plus est raconté par Geoffroy de Monmouth au XIIe siècle, un évêque: un comble ! Merlin est en effet décrit comme le fils d’une humaine et d’un incube et ça va donner lieu à des théories plus croustillantes les unes que les autres sur la façon dont ça a pu se produire puisqu’une simple relation sexuelle n’était pas envisageable. Je vous épargne les détails sur la conservation à température ambiante de la semence mâle servant au démon à procréer (oui, on a vraiment débattu là-dessus au Moyen Âge), toujours est-il que certains textes finiront par décréter que la conception de Merlin a eu lieu dans un rêve. Après tout, on dit bien que les incubes donnent des cauchemars et sont responsables de la paralysie du sommeil.
L’histoire de Merlin a subi différents degrés de diabolisation à travers notamment le personnage de sa mère, jusqu’à devenir une histoire de famille quasiment maudite. Il faut dire que le personnage de Merlin pose problème à plusieurs degrés puisque Merlin a des traits caractéristiques des fairies, il est notamment célèbre pour ses prédictions et l’Église ne voulait qu’il fasse concurrence aux prophètes de la Bible.
Mais revenons à nos incubes. Ils sont ce qu’on appelle communément en anglais des fairy lovers et leur diabolisation au Moyen-Âge a eu un succès certain.
Mais qu’en est-il des fairies féminines ? Il existe des incubes féminins qu’on appellera par la suite des succubes. Mélusine en fait partie. Contrairement aux incubes, les succubes ne font pas de visites à domicile : on les rencontre dans des endroits considérés sauvages comme la forêt. Sur le plan technique, la fairy lover féminine pose problème. Si, selon l’église, les fairies masculines ne peuvent procréer et doivent récupérer de la semence mâle pour avoir une descendance, cela signifie que les fairies féminines doivent trouver une mère porteuse parce que les utérus portables, ça n’existe pas! Mais bizarrement, ça a beaucoup moins inquiété l’Église. Entre la misogynie de l’Église et le fait que la lignée au Moyen Âge passait par les hommes, on n’est finalement pas si étonné.es. Inutile de vous dire que les fairies amantes féminines, dans les histoires, étaient associées à l’érotisme et au sexe, mais pas toujours consenti : les histoires de fairies violées sont légion, notamment dans la légende arthurienne : les chevaliers de la Table Ronde sont nombreux à violer des fées et certains textes mettent même en avant un viol perpétré par le roi Arthur lui-même. Le motif est souvent le même : la fée violée devient l’amante du chevalier – oui vous avez bien lu – et lui pose des interdits, les fameux interdits que le chevalier finit invariablement par transgresser.
Le cas du changelin au Moyen Âge
Penchons-nous maintenant sur le cas du changelin au Moyen Âge. S’il est très courant dans les croyances populaires, il se fait rare dans les écrits avant la fin de la période médiévale. On trouve surtout des textes qui, en creux, nous racontent la façon dont la population gérait le problème. Par exemple, certains textes énumèrent de façon très claire des symptômes de maladies parfois graves, afin de convaincre que le problème est de nature médicale et non surnaturelle afin que la population se tourne vers des médecins ou l’Église. Et pour cause, on a vu le sort que l’on réservait à ces pauvres enfants. Il existe des pénitentiels, des livres destinés à guider les clercs pour distribuer les pénitences, qui interdisent expressément de placer les enfants sur les toits ou dans les fours à pain.
Mais pourquoi parlait-on si peu du changelin dans les écrits alors que l’on sait que le terme changelin, changeon ou changeling en anglais étaient couramment utilisés à l’oral ? C’était un mot tabou, particulièrement en France. Et pour cause : dans une société patriarcale où le nom et tout ce qui va avec se transmet par le père, un changelin pose un problème de paternité. D’ailleurs, en France, le terme « changeon » équivalait à « bâtard » et c’était une insulte. À l’époque, traiter quelqu’un de fils de fée ou de fils de démon posait une sérieuse question de légitimité! Le poète médiéval iconoclaste François Villon disait lui-même être fils de fée. En Angleterre, le mot n’est pas frappé du même tabou et le roi Edward II et le fils d’Henry VI ont même été accusés d’être des changelins ! On trouve aussi quelques cas de changelins adultes, notamment un, devinez où ? Dans l’histoire de Merlin bien sûr! Rien n’était trop beau pour salir sa généalogie.
Enfin, beaucoup plus étonnant, c’est l’utilisation que l’Église fait du changelin dans les Mystères. Les Mystères, c’est un genre théâtral religieux de la fin du Moyen Âge, destiné à un public populaire. Et à travers ce théâtre, l’Église va transformer le changelin en outil pédagogique d’une curieuse manière : l’un personnage de la pièce affirme que Jésus est un changelin. Vous avez bien lu! Dans ce contexte, les miracles de Jésus sont montrés comme de la sorcellerie. La population de l’époque n’a généralement que les bases de sa propre religion : en utilisant un exemple aussi grossier, l’Église entend probablement montrer au plus grand nombre que leurs croyances païennes sont ridicules car même les personnes les moins lettrées de la population médiévale ne pouvaient imaginer que Jésus était un changelin. Toutefois, pour en arriver à ce genre d’extrémité, il est clair que l’Église avait sans doute quelques difficultés à éradiquer les fairies.
Fairyland et le Purgatoire
Il nous reste un aspect du monde des fairies à considérer pour le Moyen Âge, et c’est Fairyland, le pays des fées. Au Moyen Âge, un des récits problématiques pour l’Église, c’est la légende arthurienne. En effet, le fameux évêque Geoffroy de Monmouth évoque, même si c’est du bout des lèvres, l’histoire déjà familière affirmant que le roi Arthur est parti à Avalon après avoir été grièvement blessé. S’il préfère faire dire à Merlin que le roi est mortellement blessé, l’histoire la plus connue est qu’Arthur n’est pas mort et reviendra un jour.
La croyance au retour du roi Arthur était très ancrée dans certains territoires comme le Pays de Galles, une partie de l’Angleterre ou la Bretagne. Et, non seulement ça faisait de lui une sorte de second Christ mais en plus Avalon était assimilée par plusieurs auteurs au pays des fairies. Autant vous dire que ça ne pouvait pas convenir à l’Église.
En 1191, la soi-disant tombe d’Arthur est découverte à Glastonbury. Fausse découverte bien sûr, l’une des théories voulant que les moines de l’abbaye voisine aient créé eux-mêmes cette tombe pour lever des fonds pour reconstruire leur abbaye détruite après un incendie. L’autre théorie voudrait que ce subterfuge serve à prouver à la population qu’Arthur est définitivement mort, à une époque où on essaye désespérément de convaincre les gens d’attendre le retour de Jésus et pas celui d’Arthur! Peine perdu, ça n’a pas suffi, d’autant que l’absence de corps dans la tombe interroge et les gens ont continué à croire au retour du roi.
Fairyland et surtout Avalon, ressemblent beaucoup à un paradis sur terre si on en croit les descriptions. Petit à petit, avec la diabolisation des fairies, Fairyland a été associé au Purgatoire, vous savez cette étape que l’Église a rajouté avant l’accès au Paradis si vous n’êtes pas mort complètement vierge de tous pêchés. On retrouve la notion d’entre-deux, entre Paradis et Enfer comme dans le conte écossais de Thomas the rhymer.
Le procédé de diabolisation est particulièrement clair dans l’histoire d’un serviteur qui a perdu le cheval de son maître et se retrouve à Fairyland/Avalon où il rencontre le roi Arthur. Il existe plusieurs versions du même texte sur une cinquantaine d’année et si le premier nous dit que le roi Arthur vit dans un endroit qui ressemble au Paradis, le dernier n’évoque même plus le nom d’Arthur et le paradis est remplacé par un château où on subit mille maux. En plus, au Purgatoire, une année semble durer 1000 ans. Quand on connaît la distorsion du temps au pays des fées, on est obligés de faire le parallèle.
D’autant que, rappelez-vous, dans les différentes traditions, les fairies sont parfois associées à l’âme des morts. Pas étonnant quand on connaît les histoires d’enlèvements : Fairyland est synonyme de séparation. Toutefois, dans les histoires, les personnes enlevées ne sont pas mortes et, dans la littérature médiévale, ce n’est pas toujours tranché : après tout, on affirme bien que le roi Arthur est mort mais qu’il a été emmené à Fairyland. Au Moyen-Âge, la séparation entre les histoires de fées et les histoires de fantômes est loin d’être claire.
En tous cas, ce qui est clair, c’est qu’à la fin du Moyen Âge, la population croit toujours aux fées et que l’Église a tout donné pour les diaboliser et les décrire comme des démons. À cette époque de bascule idéologique, de nombreuses légendes sont ainsi transformées comme celles des loups-garous, auparavant considérés comme des personnages bénéfiques et qui deviennent des créatures diaboliques. Les fêtes populaires en lien avec le paganisme comme Halloween ou le festival de Midwinter (la moitié de l’hiver) sont transformés en Toussaint et en Noël.
Les fairies sont donc maintenant officiellement des démons. Le problème, c’est que, si on ne croit pas que les fairies sont des démons alors que l’Église a affirmé le contraire, on est hérétique. Une faille que l’Église a mis beaucoup de temps à exploiter. Mais quand elle a commencé à le faire à la fin du XVe siècle et à la Renaissance, elle s’en est donné à cœur joie.
Les fairies à la Renaissance: entre littérature du merveilleux et chasse aux sorcières
Les chasses aux sorcières
Je ne reviendrai pas sur les raisons qui ont déclenché les chasses aux sorcières dans toute l’Europe, je vous renvoie pour ça à l’épisode 1. Les fairies transformées en démons ne sont pas, de toutes façons, les causes des chasses aux sorcières mais ont été le moyen de les mettre en œuvre. Les témoignages des procès pour sorcellerie, quand bien même ils ont été obtenus par la torture, sont une mine d’informations sur les croyances des gens de l’époque. Dans ces témoignages, on retrouve tout ce que l’on connaît déjà : il est question de rencontres avec des êtres qui peuvent changer de forme ou devenir invisibles, qui voyagent dans les airs, qui détruisent les cultures et kidnappent les enfants, parfois en leur substituant un changelin, on retrouve leurs lieux de prédilection, leur lien avec la nature et leurs moments d’apparition préférés : au crépuscule ou à l’aube et lors des grands festivals de changement de saisons comme Halloween.
L’Écosse a connu des chasses aux sorcières particulièrement violentes dès le XVIe siècle et ça se ressent jusque dans son folklore. Par exemple, vous vous souvenez de la reine des fairies qui était parfois nommée NicNiven ? Eh bien après le Moyen Âge, ce nom a aussi désigné la reine des sorcières.
Mais ce que montrent les procès en sorcellerie, c’est que les personnes issues de la population non lettrées continuent d’appeler les fées des fées, des fairies ou des elfes, pas des démons. Ces procès, notamment en Écosse, pour lesquels on a beaucoup d’archives, concernent beaucoup de guérisseuses qui expliquent en général que leur talent aurait été un don des fairies.
Dans le cadre de ces procès, la personne arrêtée était torturée et n’avait pas d’autre choix que d’avouer. Mais avouer quoi ? C’est là où la diabolisation des fairies a pris tout son sens puisque les croyances populaires déjà bien diabolisées ont servi aux victimes à créer des discours cohérents qui les ont malheureusement quasiment toujours conduites au bûcher ou à la potence.
Les premiers contes de fées
Aussi fou que ça puisse paraître, au XVIe siècle, pendant qu’on tue des gens parce qu’ils croient aux fées, une littérature du merveilleux, ancêtre du conte de fée moderne, commence à naître. Les deux catégories de fées médiévales, les fées marraines comme Viviane les fées amantes ont tendances à disparaître mais les récits populaires ont du succès. On peut citer par exemple Les nuits facétieuses de l’italien Piacevoli Notti qui sont les premières transcriptions littéraires du folklore paysan vénitien ou encore les Propos rustiques de Noël du Fail dans lesquels quatre compères bretons récitent des contes traditionnels. Pour la petite histoire c’est également au XVIe siècle qu’apparaît la première mention de Peau d’Âne dans un texte d’un certain Bonaventure des Périers.
Mais il n’y a pas forcément de fées dans ces histoires. C’est Shakespeare qui les remet sur le devant de la scène, au sens propre du terme, avec sa pièce Songe d’une nuit d’été écrite entre 1594 et 1595. Même si elles ne sont pas au centre de l’intrigue, une partie de celle-ci se passe dans la forêt, à Fairyland où règne le roi Obéron et la reine Titania. Et le succès de la version de Shakepeare va populariser l’idée que les fées sont de petites tailles.
De Perrault à Robert Kirk: les fairies au XVIIe siècle
L’essor des contes de fées
Le XVIIe siècle, c’est le siècle des contes de fées, il deviennent un véritable genre littéraire. C’est évidemment le siècle de Charles Perrault qui, après avoir publié Peau d’âne et La belle aux bois dormants, commence l’écriture des Contes de ma mère l’Oye. Il faut dire qu’il surfe sur une mode. Les contes de fées sont en effet populaires dans les salons mondains. Perrault, en faisant référence à ma mère l’Oye qui se veut une paysanne qui raconte des histoires à la veillée, s’inscrit dans une tradition orale passée un peu factice. Là où les histoires de fairies enjoignaient les adultes à ne pas transgresser les règles de la communauté, les contes de Perrault sont aseptisés et adaptés à la bonne société citadine de son époque et moralisés pour en faire un outil d’enseignement à destination des enfants qui n’étaient pourtant pas, à la base, les destinataires de ces histoires. Je parle d’aseptisation car il semble que les contes de Perrault soient une sorte de mise au goût du jour des contes traditionnels, notamment en ce qui concerne les personnages féminins qui deviennent, sous sa plume, des personnages passifs, des jeunes filles à sauver et qui n’ont pas de sexualité contrairement aux anciennes versions.
Parce que, on le sait, les contes sont extrêmement anciens et les différentes versions écrites qui existent ne sont sans doute rien à côté du nombre de versions orales qui coexistaient. Sans compter les versions de différents pays. Par exemple, si vous aimez Blanche neige, je vous conseille la lecture du conte Arbre d’or et Arbre d’argent, une sorte de mix écossais entre Blanche-Neige et la belle et bois dormant, la sororité en plus.
Toujours est-il que notre Charles Perrault doit lui-même beaucoup aux femmes qui ont été nombreuses à écrire des contes de fées: Madame d’Aulnoy, par exemple, qui s’est inspirée des lais de Marie de France dont je vous parlais précédemment ou encore la comtesse de Murat qui a gardé la tradition des fées associées aux revenants et à qui on doit le terme « contes de fées ». À noter que les méchantes fées ne sont pas encore appelées des sorcières. Parce que oui, dans nos contes actuels, les fées sont souvent bénéfiques et les sorcières méchantes. Est-ce que la diabolisation des fées et leur lien supposé avec la sorcellerie a séparé ce personnage en deux entités, une bénéfique et une maléfique ? C’est fort possible.
Toujours est-il que Madame d’Aulnoy a créé plusieurs personnages de fées malfaisantes comme la célèbre fée Carabosse, vieille fée bossue qui maudit les nouveau-nés. L’une des rares qui soit également parvenue jusqu’à nous est la mauvaise fée de la Belle au bois dormants, désignée comme telle chez Perrault.
En tous cas, les caractéristiques de la fée se fige progressivement avec la fixation des histoires à l’écrit et leur nom sert surtout à désigner ce nouveau genre littéraire.
La fée politique : le retour de Mélusine
Ce retour en grâce des fées se traduit aussi par un retour à leur aspect politique. Au XVIIe siècle, une grande majorité des contes ont été publiés dans les années 1690, au moment où le contexte politique se détend dans toute l’Europe avec la fin de la guerre de la ligue des Habsbourg. C’est dans ce contexte que Mélusine, la fée médiévale, réapparaît. Rappelez-vous, Mélusine est la fée mi-femme mi-serpent qui a fondé la lignée des Lusignans. Eh bien en 1698 paraît une adaptation galante et mondaine de son histoire sous la forme d’un roman écrit par François Nodot, qui sera suivi d’un autre roman centré sur l’un des fils de Mélusine. Nodot indique que ce livre a été écrit à la demande, je cite, de « plusieurs personnes de qualité qui sont sortis de la fameuse Mélusine ». Plusieurs personnes des cercles aristocratiques correspondent à cette description et pourraient avoir intérêt à se dire descendants de la fée mais cela montre surtout que Mélusine sert toujours à légitimer un pouvoir, c’est une fée de propagande. Et c’est aussi un bon indice de la façon dont on commence à réinventer un passé médiéval complètement fantasmé.
Robert Kirk et les fairies d’Écosse
Le XVIIe siècle est également un siècle important pour les fairies d’Écosse. Les procès pour sorcellerie et le fanatisme ont été particulièrement destructeurs dans ce pays et les croyances aux fairies en ont souffert. Toutefois, elles vont retenir l’attention d’un homme qui va leur consacrer un ouvrage précurseur. Il s’appelle Robert Kirk et aussi fou que ça puisse paraître, c’est un homme d’église. Il a notamment participé à l’évangélisation des Highlands. En 1691, il publie The secret commonwealth of elves, fauns and fairies (La république secrète des elfes, des faunes et des fées). Dans ce livre, celui qu’on a surnommé the minister of fairies (le pasteur des fées) affirme que ne pas croire aux fairies c’est douter de l’existence de Dieu. Sa position peut paraître étonnante mais elle s’intègre dans une époque où certains hommes lettrés tente de vaincre l’athéisme en défendant l’existence de la sorcellerie, des fantômes et du monde des esprits. Ne pas croire aux fées, c’est être sceptique, et si on est sceptique, on ne croit pas en Dieu, et ça, à l’époque, ça ne vas pas. En tous cas, son livre est l’une des meilleures sources sur la croyance aux fairies au XVIIe siècle et va même bénéficier d’une édition de Sir Walter Scott.
Le plus drôle c’est que la figure historique de Robert Kirk a fini par être absorbé par les tradition dont il se voulait observateur. La légende raconte, en effet que, le soir de la sa mort, il est allé se promener derrière son presbytère, où il s’est effondré, sans doute victime d’une crise d’apoplexie. Son fantôme aurait été ensuite vu par un proche et lui aurait dit de prévenir son cousin parce qu’il n’était pas mort mais captif à Fairyland et que si son cousin voulait le libérer il devait venir avec une dague au baptême de son enfant posthume et qu’il devrait jeter la dague sur son fantôme, ce qui le délivrerait. L’histoire nous raconte que Robert Kirk s’est effectivement montré au baptême mais que son cousin était si surpris qu’il n’a pas lancé la dague. Robert Kirk serait donc toujours à Fairyland… sans doute avec le roi Arthur!
Les fairies aux 18e et 19e siècles
Les fairies au XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, l’Europe s’ouvre à l’Orient et élargit sa conception des contes de fées en découvrant Les 1001 nuits. Le genre se diversifie de plus en plus et finit par donner naissance à des récits fantastiques. Au cours des années 1730, certains contes prennent un tournant libertin sous la plume d’auteurs… masculins bien sûr.
Les fées sont de plus en plus à la mode et on voit naître en Angleterre un genre de peinture de niche appelée la peinture féerique qui va se développer aux XIXe siècle avec le revival des fées.
Quand les fées ont des ailes : les fairies au XIXe siècle
En fait, le XIXe siècle est le siècle des revivals : le gothic revival tout d’abord avec la redécouverte du Moyen Âge qui devient vite une redécouverte fantasmée et le celtic revival qui met en avant la culture celte. Ajouté à cela le mouvement romantique et son amour pour la nature, les ruines et tout ce qui est mystique, tous les ingrédients sont réunis pour que les fées deviennent les stars de l’époque.
Les contes de Perrault ont aussi leur revival et cartonnent : les romantiques les dévorent, le monde paysan, en pleine alphabétisation, redécouvre des récits traditionnels et la littérature jeunesse s’empare des contes de fées.
En 1812 paraissent Les contes de l’enfance et du foyer, collectés à partir des récits de la conteuse Dorothea Viehmann et publiés par les frères Grimm. Les frères Grimm qui, comme notre ami Perrault ont édulcoré certains contes quand il était question de sexualité féminine. Saviez vous qu’il y avait une grossesse hors mariage dans le conte de Raiponce? Moi non plus. C’est aussi le moment où le double maléfique la fée, la sorcière, s’impose.
Mais surtout, au XIXe siècle, les fées terminent leur transformation en petits êtres ailés. Eh oui, si vous avez bien fait attention, à aucun moment dans cet épisode je n’ai décrit les fairies avec des ailes. Et pour cause, elles n’en avaient pas besoin, pas plus que d’une baguette. Si, à la fin du XVIIIe siècle, les fées n’ont pas encore d’ailes, ça change très rapidement le siècle suivant. On sait que les fées du théâtre populaire londonien et des ballets victoriens arboraient des ailes. À la fin du siècle, c’était déjà devenu un accessoire obligatoire des costumes de fées des petites filles.
Ce revival très stéréotypé cache un recul des croyances populaires même dans les territoires comme les Highlands écossais où la disparition progressive des croyances, jamais définitive toutefois, est allée de pair avec le recul des langues locales comme le gaélique.
Les fées au 20e siècle
Les fées dans le mouvement New Age
Maintenant qu’on a trouvé notre petite fée ailée, peut-on considéré qu’elle a encore évolué au XXe siècle ?
Disons qu’elles ont, en quelque sorte continué à surfer sur les différentes époques, notamment au moment de la vague New age. Théorisé dans les années 80 par le livre « L’ère du Verseau », c’est une sorte de mouvement protéiforme et difficilement définissable qui a commencé à la fin des années 60. On nous y annonce une nouvelle ère de paix, d’amour et de révélations à base d’extraterrestres et de remontée de l’Atlantide. La consommation de drogue est un moyen privilégié pour accéder à de nouvelles sources de savoir, en s’ouvrant tous azimuts aux religions et aux philosophies du monde entier dans une sorte de mélange, de syncrétisme dont on dirait aujourd’hui qu’il tend plus vers l’appropriation culturelle. La culture joue un rôle important dans ce mouvement et les discussions mélangent des sujets variés comme les mégalithes, les sorcières, les extraterrestres, la Terre mère, les druides, le roi Arthur et… les fées.
Le mouvement Wicca, un mouvement religieux néopaïen, sorte de New age anglo-saxon, emprunte au chamanisme, au druidisme, aux mythologie gréco-romaine, slave, celtique et nordique et reprend notamment les festivals celtes comme Halloween et Beltaine en remettant en avant les croyances aux fairies plus traditionnelles, celles dont je vous parlais en début d’épisode.
La suite, on la connaît : la pop culture s’est emparé de la figure de la fée, la figeant dans un stéréotype de marraine bienfaisante ou de petit être mignon, notamment chez Disney, assez éloigné des croyances originelles.
Il me reste toutefois un aspect à évoquer très brièvement, je l’ai gardé pour la fin, juste pour mon plaisir personnel. Rappelez-vous qu’il y a des fairies et des elfes. Et qui dit elfe dit… Tolkien bien sûr!
Les elfes de Tolkien
Chez Tolkien, en effet, on parle d’elfes, pas de fairies. Enfin, pas tout à fait. En fait, il a utilisé le mot « fairies » au tout début, dans Les contes perdus où il en décrit d’ailleurs certaines comme petites. Il parle également de Faëry pour évoquer une sorte de Fairyland. Un vocabulaire qu’il va par la suite regretter, déjà parce que le mot fairy est dérivé du français fay et, d’une part, Tolkien n’aime pas la France et d’autre part, il cherche à créer une mythologie pour l’Angleterre donc il opte rapidement pour le mot « elfe ». Par ailleurs, le terme fairy a une forme de connotation sexuelle possible qu’il voulait absolument éviter. Le terme fairy est notamment resté pour le personnage de Luthien, « Luthien the fay », peut-être parce que l’histoire de Beren et Luthien est celle qui a le plus de ressemblances avec un conte de fée.
Et, vous le savez sans doute, Tolkien était philologue et spécialiste de littérature norroise. Rappelez-vous ce qu’on a dit sur les elfes de tradition scandinave : les elfes hommes ont une beauté féminine, et c’est typiquement l’image qu’en donne Tolkien dans ses écrits. Il a également conservé la tradition du don de double vue avec le don prophétique qu’il attribue plus souvent à ses personnages elfiques femmes.
Finalement, les fées sont beaucoup de choses : esprits de la nature, anciens dieux, gardiens d’une certaine forme de normes sociales… Elles permettent d’expliquer les maladies, les disparitions, les phénomènes naturels, les dons. Elles servent aussi à dresser des barrières sociales en pointant les comportements dangereux comme s’éloigner de la communauté par exemple. Dans les histoires, les personnes enchantées ou qui rencontrent des fairies sont souvent des êtres en pleine transition, qui ont rompu le lien avec leur famille ou leur village.
Au-delà de ces aspects, les histoires de fairies sont peut-être aussi tout simplement une façon pour les personnes des sociétés traditionnelles de gérer leurs expériences personnelles parfois traumatiques. Certains « témoignages » obtenus lors des procès de sorcières montrent clairement que les récits de fairies pouvaient en fait cacher des récits de violences voire d’inceste.
Les fairies en disent surtout très long sur les personnes qui y ont cru, des croyances qui se sont en partie arrêtées avec la mise par écrit des contes qui ont figé les récits et les représentations.
Aujourd’hui, on retient surtout la vision édulcorée du petit être magique et bienveillant promu par Disney mais le genre de la romantasy a commencé à rebattre les carte en proposant des personnages de fées sombres qui se réclament du folklore celte. En plus de son statut de star de la pop culture, la fée est aussi devenue un symbole écologique ou une source de spiritualité alternative.
Aujourd’hui la croyance au fées a quasiment disparu ou a intégré le folklore et le marketing qui va avec et il nous reste surtout de son histoire des expressions comme avoir des doigts de fées, être une fée du logis ou travailler comme une fée. Cependant, il reste quelques bastions de l’ancienne culture : la rumeur prétend qu’on peut encore voir des fairies en Islande, en Irlande et dans les Highlands écossais…
Crédits:
Extraits de films et de séries :
- Cendrillon, Walt Disney (1995)
- Le voyage de Chihiro, Hayao Moiyazaki (2001)
- Maléfique, Robert Stromberg (2014)
- Outlander, Saison 1, épisode 10, Ronald D. Moore (2014)
- Kaamelott Saison 1, épisode 79, Alexandre Astier (2005)
- Terminator, James Cameron (1984)
Musiques utilisées dans l’épisode:
- Bibbidi-Bobbidi-Boo (Al Hoffman, Jerry Livingston, and Mack David)
- Sports music (Nick Valerson)
- Alice (Geoff Harvey)
- Eerie criminal atmosphere (Megalix)
- Forest lullaby (Center of attention)
- Magic in the air (Geoff Harvey)
- The satyr’s dance (Samuel F. Johanns )
- Sword 17 (Tigri)
- La tribu de Dana (Manau)
- The bard’s tale (Christoffer Moe Ditlevsen)
- In horto (Corvus)
- Land of wonder
- Small mysteries (Leimoti)
- Sword 13 (Tigri)
- Before nightfall (Christoffer Moe Ditlevsen)
- The bridge of Khazad Dum (Howard Shore)
- Spellcraft (Geoff Harvey)
- A baroque letter (Aaron Kenny)
- The fairy dance (Bonny Grace)
- River walk (Philipp Ayers)
- Victorian period drama (Luis Humanoide)
- Classicat string quartet (Luis Humanoide)
- The 5th dimension age of Aquarius (Hair)
- Lothlorien (Howard Shore)
- Like any other day (Kikoru)
- Legend of Zelda – Great fairy fountain
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