Transcription
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De nos jours, quand on imagine un druide, l’image de Panoramix nous vient naturellement à l’esprit, un vieux bonhomme sage et ma foi fort sympathique, qui passe tout son temps à cueillir du gui dans la forêt et préparer de la potion dans sa hutte. Mais il n’en a pas toujours été ainsi ! Pendant longtemps, dans l’imaginaire collectif, les druides étaient paradoxalement soit des philosophes respectables, soient des prêtres sanguinaires qui sacrifiaient des êtres humains par dizaine dans de grands massacres rituels.
Alors, les druides étaient-ils des prêtres assoiffés de sang, des mages astrologues, des devins, des philosophes, des sorciers ?
Rappel historique, géographique et sources: le problème avec l'étude des Celtes
Géographie et chronologie de la civilisation celte
Déjà, commençons par le commencement et rappelons deux ou trois petites choses sur les Celtes. On considère généralement la période qui commence au 1er âge de fer, c’est-à-dire vers – 800, comme le point de départ de la culture celte (même si c’est sujet à débat). À leur apogée, vers – 250, ils occupaient une très grande partie de l’Europe de l’Ouest et de l’Europe centrale. Pour cet épisode, on va faire simple, on va se concentrer sur la France, c’est-à-dire la Gaule, et l’Irlande qui ont une histoire sensiblement différente. La civilisation celte en Gaule a progressivement disparu après la conquête romaine au Ier siècle avant notre ère alors qu’en Irlande, les Celtes ont vécu jusqu’au VIe siècle, le début du Moyen Âge.
Je vous l’ai dit en préambule, le plus gros problème quand on travaille sur la civilisation celte, c’est l’absence de sources directes, c’est-à-dire de textes produits par les principaux intéressés. En effet, les celtes écrivaient très très peu, on y reviendra, et quand il est question de religion et de druides, ils n’écrivaient pas du tout. Heureusement on a d’autres sources, indirectes donc, des textes écrits par des grecs et des romains.
L’une des sources les plus importantes est Poséidonios d’Apamée, un grec qui a documenté son voyage en Gaule autour de 90 avant notre ère, c’est-à-dire pas très longtemps avant la conquête romaine et il a sans doute rencontré des druides. C’est donc un des rares témoins oculaires à nous avoir laissé une trace. Ses textes ont d’ailleurs été beaucoup repris par la suite par d’autres auteurs, notamment Cicéron qui va très largement déformer tout ce que Poséidonios a raconté sur les druides. Mais on sait que les grecs ont connaissance de la civilisation celte dès le Ve siècle avant notre ère. Certains auteurs grecs tardifs se sont même demandés si la philosophie grecque ne venait pas en partie des druides.
L’autre témoin oculaire qui nous a laissé son témoignage est bien connu puisqu’il s’agit de César qui s’est largement étalé sur le sujet dans son livre La guerre des Gaules. César a eu le loisir d’observer les gaulois. Mais César est fourbe… Enfin, c’est un politicien et on sait qu’il altère souvent la réalité dans ses écrits en fonction de ses besoins en termes de conquête. Par exemple, il présente toujours les peuples des territoires qu’il veut conquérir comme plus barbares et dangereux que les précédents. Après la conquête de la Gaule, il présente les Gaulois comme peu dangereux et on sait qu’il a délibérément omis des éléments qui auraient pu faire peur aux romains, comme l’habitude que les Celtes avaient de couper les têtes pour s’en servir de déco. Mais soudain, lors de la révolte menée par Vercingétorix, sous la plume de César, les Gaulois deviennent les pires barbares qui soient. Bref, c’est comme ça l’arrange. Sans compter qu’il pioche aussi chez Poséidonios d’Apamée et chez Cicéron, celui qui a tout déformé.
Du coup, on ne peut pas vraiment se fier à ce qu’écrit césar, d’autant qu’il se contredit parfois. Il est surtout curieusement assez silencieux sur la question des druides alors même qu’un de ses très proches collaborateurs en était un. Il s’appelait Diviciacus, il venait du peuple des Eduens qui vivaient du côté de ce qui est maintenant la Nièvre et la Saône-et-Loire et c’est le seul druide historique dont nous connaissions le nom.
Le témoignage de César sur les Gaulois a progressivement fait autorité, pourtant, on vient de le dire, il est moyennement crédible. Quant aux autres témoignages romains, ils sont également à prendre avec des pincettes ne serait-ce qu’à cause du mépris ouvertement affiché par nombre d’entre eux pour la culture celte.
Bon alors, c’est bien beau mais avec quoi on travaille alors ? Il y a aussi les sources irlandaises et galloises. Petit rappel historique, si les Celtes sont restés beaucoup plus longtemps maître de leur territoire en Irlande que sur le continent, c’est déjà parce que les romains n’y ont jamais mis les pieds. Ils sont passés directement de la case « Celtes » à la case « Christianisation ». La christianisation s’est faite globalement là-bas sans violence, il n’y a pas de martyrs chrétiens en Irlande, les Celtes ont été petit à petit assimilés et convertis. Par exemple on sait que le plus célèbre homme d’église d’Irlande, saint Patrick, a nommé un druide évêque.
Après la christianisation, les moines ont commencé à écrire les légendes et la mythologie des Celtes, en leur passant un bon vernis chrétien quand même mais en tout cas, c’est grâce à ces transcriptions faites entre le VIII et le XVe siècles, qu’on connaît beaucoup de choses sur l’Irlande celte. Mais, vous allez me dire, comment utiliser la mythologie pour comprendre ce qu’étaient les druides dans la réalité ? Il faut extrapoler. Je donne un exemple tout simple : certains druides dans les légendes irlandaises étaient mariés, on peut donc en déduire que les druides réels pouvaient se marier et les exagérations mythologiques se basaient sans doute sur une réalité. Vous me suivez ?
Bon, après, tout ça pose quand même pas mal de problèmes. Déjà : peut-on utiliser les sources irlandaises et gauloises ensemble ? Beaucoup de chercheurs considèrent que les mœurs étaient très similaires, avec une même religion même si les noms des dieux diffèrent donc on peut imaginer que les druides faisaient à peu près la même chose des deux côtés de la mer. Par contre, inutile de vous dire que c’est compliqué pour les chercheurs de recouper des sources géographiquement disparates, des preuves archéologiques et des transcriptions qui ont parfois été faites dis siècles après les évènements. Sans compter que les chercheurs ne sont pas toujours d’accord entre eux, qu’ils interprètent parfois les mêmes textes différemment et qu’il suffit simplement de changer de discipline pour avoir un discours différent sur le même sujet.
Les croyances des Celtes, le Sidh et les origines des druides
Parler des druides, c’est d’abord parler des croyances des Celtes. J’avais un peu abordé cette question dans l’épisode 3 sur les origines d’Halloween mais il est important de faire un rappel. Les croyances des Celtes irlandais et gaulois tournaient autour de ce qu’on appelle l’Autre-Monde ou le « Sidh », qui se trouve au-delà du monde connu, par-delà la mer, bien que parfois, il soit localisé sous les lacs ou dans les collines. C’est une sorte de paradis celtique (bien que les Celtes ne connaissent pas la dualité Enfer/Paradis), un endroit où le temps et l’espace sont abolis, où les hiérarchies humaines et les classes sociales n’existent plus.
Les festins y sont ininterrompus et on s’y endort au son d’une musique aux vertus magiques. Cet endroit était la demeure de la plupart des dieux et déesses celtes ainsi que des héros, des guerriers et des druides. Par contre, que devenaient ceux qui mourraient sans avoir réaliser de prouesse militaire ? Mystère.
Les mythes (irlandais donc) racontent souvent l’histoire légendaire de l’Irlande et différentes histoires dans lesquels les dieux, déesses et habitants du Sid interfèrent dans les affaires des humains. Concernant nos druides, la mythologie nous dit déjà que l’être humain primordial était un druide. Enfin… Le premier être humain en Irlande était une femme mais bon… apparemment ce n’est pas aussi important que le premier druide, même s’il est arrivé après.
Dans l’histoire mythifiée de l’Irlande, l’île a été successivement habitée par différents peuples, qui ont chassé les précédents et ont été chassés par les suivants. Et dans plusieurs de ces peuples, on trouve des triades de druides (oui, ils vont souvent par trois dans la mythologie). Il y a d’ailleurs un dieu-druide, Dagda, le père de la déesse Brigit, elle-même mère des druides primordiaux.
Tout ça pour vous montrer d’entrée de jeu à quel point les druides étaient importants : les druides humains sont considérés descendre des druides primordiaux, eux-mêmes engendrés par une déesse : ils ont donc un statut divin. Voilà une bonne entrée en matière pour nous montrer à quel point ils sont importants. Maintenant, on va pouvoir enfin rentrer au cœur du sujet.
Druides: définition et spécialisations
On dit souvent que les druides sont une catégorie de prêtres mais il semblerait bien que ce soit une classe sociale religieuse entière. Les druides étaient investis de l’autorité spirituelle, détenteurs de la science sacrée, gardien de la tradition : c’étaient des intermédiaires entre les dieux et les hommes.
Tout le monde n’est pas d’accord sur les origines des druides. Certains chercheurs pensent qu’ils sont aussi anciens que la civilisation celtique. César, lui, dit que la doctrine des druides est née en Bretagne (comprendre la Grande Bretagne) mais rien ne le prouve et d’autres chercheurs pensent qu’en Gaule, ils ont surtout acquis un pouvoir important tardivement.
Pour ne rien arranger, les druides sont rarement appelés « druides », notamment dans la mythologie. Poséidonios d’Apamée, repris par César, explique qu’il y a trois catégories de personnes, chez les gaulois, qui sont honorés de façon exceptionnelle : les druides, les vates et les bardes. Une des théories sur le sujet voudrait que les vates, c’est-à-dire les devins, des prêtres officiels, aient marqué l’Âge du fer en faisant des sacrifices avant qu’on ne commence à s’intéresser à l’astronomie pour déterminer la volonté des dieux. L’invention de la lyre aurait changé la donne par la suite, avant le Ve siècle avant notre ère. Devenant un nouveau mode de communication avec les dieux, les bardes auraient acquis par ce biais un grand pouvoir religieux, d’autant plus grand que la population celte vivait quasiment sans image. Les bardes faisaient partie de la garde rapprochée des rois et louaient les exploits des guerriers ou raillaient les puissants. Dans cette théorie, les druides auraient été des rivaux des bardes, prenant de plus en plus de pouvoir, convaincant même les bardes d’abandonner le domaine religieux. Ce seraient alors les druides qui seraient devenus les porteurs de la parole des dieux entre le IVe et le IIIe siècle de notre ère. Assurancetourix n’a peut-être pas vécu à la bonne époque!
Une théorie un peu différente se base, elle, sur les sources irlandaises. Dans les textes irlandais, on trouve des poètes qui sont visiblement très honorés eux aussi, des historiens, des conteurs, des juges, des satiristes, des devins et des médecins. Selon cette théorie, ils seraient tous des druides. Ils feraient partie de la même classe sociale, mais avec des spécialités différentes, ce qui expliquerait qu’on ne trouve pas beaucoup le mot « druide » dans les textes irlandais mais tous les autres synonymes que j’ai énumérés juste avant.
D’ailleurs, je vais m’arrêter deux minutes sur le cas de ces druides poètes irlandais qu’on nomme des filid (file au singulier) parce qu’ils montrent bien le problème de ces éventuelles spécialités et on va souvent parler d’eux dans cet épisode. Les filid ne font pas juste de la poésie et de la chanson : à travers leur art, ils font également des prédictions, ce sont des devins, ils ont d’ailleurs sans doute évincé les bardes pour cette raison. Oui, parce qu’il y avait aussi des bardes en Irlande, mais c’était surtout des poètes de cours moins puissants que les filid. Par contre, ces filid ne pratiquaient sans doute pas le sacrifice.
Il n’y avait pas de corporations rivales, ils faisaient tous partis du même groupe. Les rivalités se faisaient sur les degrés de connaissance entre les uns et les autres.
L'apparence des druides et la question des druidesses
Mais ils ressemblaient à quoi, tous ces druides ?
On a une description des druides Ulates, c’est-à-dire d’Irlande du Nord, une description qui appuie sur la somptuosité du vêtement, de couleur pourpre ou bleu, avec des broches dorées et des épées grandement décorées. Bon c’était sans doute des vêtements d’apparat parce que s’il y a une chose sur laquelle les sources sont assez d’accord c’est la couleur blanche du vêtement des druides, la couleur du sacerdoce avec parfois l’ajout du rouge guerrier.
Oui, parce que le druide est aussi un guerrier. Dans la mythologie irlandaise, pour entrer dans certains groupes de guerriers spécifiques, il fallait aussi être poète. Et Diviciacus, le pote gaulois de César, commandait lui-même un corps de cavalerie.
Cependant les druides n’étaient pas tenus de faire la guerre ni aucun service militaire mais leurs compétences étaient toujours utilisées au profit de leurs combattants. Ils avaient, de toutes façons, un lien avec la guerre, puisqu’elle était très importante chez les Celtes.
Du coup, peut-être que vous vous posez la même question qu’à ce stade je me suis moi-même posée : « Où sont les femmes ? »
Y avait-il des femmes druidesses ? On a des mentions assez nombreuses en Irlande et beaucoup moins nombreuses en Gaule de femmes ayant eu accès à la qualité druidique. En Gaule, le premier signalement d’une druidesse est assez tardif, IIIe siècle de notre ère et on pense que c’était surtout une devineresse. En Irlande, dans les textes, on a beaucoup de figures de poétesses et de druidesses qui sont surtout des prophétesses : là encore on est sur de la divination. On n’a pas de trace de druidesses qui sacrifient, qui célèbrent un rite ou qui enseignent. Mais, pour la petite histoire, même les prophétesses étaient armées.
Devins, juges, médecins, sacrificateurs: les spécialisations des druides
Le sacrifice : le rôle central du druide
Maintenant qu’on sait à peu près où on va et avant de voir ces fameuses « spécialisations », voyons un peu le rôle le plus connu du druide et le plus controversé : celui de sacrificateur. Le sacrifice est un acte rituel pratiqué par tous les druides, à l’exception des filid on l’a dit, et ces sacrifices peuvent se faire par crémation, étouffement, noyade, pendaison, inhumation… Le choix est vaste. On sacrifie des bœufs, des moutons, et des porcs dans ce qu’on appelle des sacrifices de commensalité, c’est-à-dire qu’ils sont suivis d’un festin lors duquel on mage l’animal sacrifié. Et si vous avez écouté l’épisode sur les origines d’Halloween, vous en connaissez un exemple : celui du sacrifice d’un taureau blanc ensuite cuisiné pour un homme qui, une fois repus, va dormir sous les chants des druides d’un sommeil magique et peuplé de rêves, rêves qui devaient permettre de trouver le nouveau roi d’Irlande. Certaines preuves archéologiques montrent qu’il arrivait sans doute que des animaux sacrifiés dans une grande fosse y restent jusqu’à putréfaction, comme un cadeau aux divinités chtoniennes, les dieux liés à la terre.
Mais on va s’arrêter sur l’une des caractéristiques les plus célèbres et les plus reprochées aux druides : le sacrifice humain. César raconte que les gaulois malades ou en danger offraient des hommes aux dieux. Il faudrait en effet donner une vie contre une autre vie pour apaiser les dieux. Il raconte aussi que, lors de ces sacrifices publics, on fabriquait de grands mannequins d’osier dans lesquels on enfermait des hommes coupables de crimes ou innocents qu’on faisait ensuite brûler. L’auteur Strabon parle de frapper un homme avec une épée pour que les druides fassent de la divination à partir des convulsions du mourant et Diodore de Sicile évoque des malfaiteurs empalés puis brûlés.
Ces écrits ont évidemment choqué et sont restés dans la mémoire collective et au XVIIIe siècle, tout un imaginaire s’est mis en place autour du druide sanguinaire qui sacrifiait des humains à tour de bras au sein d’une sombre forêt.
En fait, la qualité des humains sacrifiés est souvent la même : ce sont des voleurs, des brigands ou des prisonniers. Concernant les prisonniers, on sait qu’il y avait des rituels parfois directement sur le champ de bataille et que les Celtes tuaient tous leurs prisonniers. Mais en ça, ils ne sont pas plus barbares que les autres. C’était une pratique courante pour des questions évidentes de sécurité. Entendons-nous bien, ce sont des massacres mais ce ne sont pas des sacrifices, ils ne sont pas tués de manière ritualisée pour être offerts aux dieux. Concernant les voleurs, les malfaiteurs et les criminels, ce qu’on a pris pour des sacrifices était sans doute des peines capitales, des condamnations à mort pour leur crime, sans que ce soit, là encore, des offrandes aux dieux.
En réalité, on a très peu de preuves archéologiques de sacrifices humains. On peut toutefois citer le cas du sanctuaire de Gournay-sur-Aronde (dans l’Oise), où on a retrouvé des restes de personnes démembrées dont le crâne a été fixé sur le linteau de la porte d’entrée. Ces corps étaient en bon état au moment de leur mort et comprennent des hommes et des femmes : il ne s’agit donc pas de soldats venant de lointain champs de bataille et là, on peut considérer qu’il y a eu un sacrifice humain rituel. Il y a également très peu de traces en Irlande et si on s’en réfère aux légendes, on se rend compte que les sacrifices humains étaient exceptionnels et uniquement quand les intérêts de l’État étaient en jeu (quand il y avait une famine par exemple). Donc oui, les druides ont sans doute procédé à des sacrifices humains mais c’était probablement très rare. Il faut aussi remettre l’église au milieu du village : César a pu insister sur le sujet pour faire peur au peuple romain et justifier ainsi les guerres contre les gaulois mais il faut aussi rappeler que cette pratique, aussi choquante soit-elle pour nous, était très commune chez de nombreux peuples. Et puis, y a-t-il vraiment une différence entre les morts ritualisées des celtes et les sacrifices pratiqués à Rome comme ces mutins que César a fait sacrifier, en plein Champs de mars en 46 avant notre ère ? Sans parler des combats de gladiateurs et des jeux du cirque qui, en termes de barbarie, se posent là. Au final, on est toujours le barbare de quelqu’un d’autre.
Les druides juges et devins
Venons-en maintenant aux spécialisations de ces druides, donc à leurs autres rôles au sein de la société celte. On a évoqué les devins, la divination étant pratiquée, en Irlande, par les poètes, les filid, mais ces devins, en général, officiaient aussi en tant que juges parce que la justice, chez les Celtes, était un fait religieux, comme le sacrifice ou la divination. Le droit celtique fonctionne sur un schéma très différent du. Il n’y a pas de droit public à proprement parler mais un droit privé qui est en quelques sorte agrandi à la famille, aux cantons (pour l’Irlande) puis aux états, c’est-à-dire qu’un tort subi par une personne l’est par extension par toute sa famille. Tout est une question d’obligation d’une personne envers une autre et il y a souvent des compensations financières proposées par les druides comme solution aux litiges pour réparer un dommage même quand le dommage en question est un meurtre.
Le système était relativement similaire en Gaule et on sait que les druides se rassemblaient tous les ans dans la forêt des Carnutes pour des sortes d’assises juridiques où tous les grands conflits leur étaient soumis.
Les druides réglaient des problèmes graves susceptibles de dégénérer en conflits armés, c’est vous dire l’importance qu’on leur accordait. Mais attention, le druide inspire la sentence mais ce n’est pas lui qui la prononce mais le roi.
Les druides étaient également des sortes d’ambassadeurs, un rôle qui va avec leurs capacités juridiques puisqu’ils avaient la possibilité de régler les conflits. D’ailleurs, si le fameux Diviciacus, le druide Eduen, est devenu ami avec César, c’est d’abord parce qu’il l’a rencontré dans un cadre diplomatique pour lui demander de l’aide dans la guerre entre les Eduens et leurs voisins les Séquanes, alors alliés aux Germains.
Les filid : les druides poètes, conteurs et historiens
Revenons en Irlande. Les filid irlandais, je vous l’ai dit, sont des poètes, mais ils ne chantent pas n’importe quoi. Ces sont à la fois des conteurs et des historiens. Leur rôle est central parce qu’ils sont la mémoire du peuple celte à travers leurs poèmes et leurs chansons qui transmettent les légendes. Leur rôle est d’autant plus important que, je vous l’ai dit, rien n’était transcrit, cette transmission se faisait toujours à l’oral.
Les thématiques de leurs textes sont très vastes : on trouve des récits de razzias, des courtises, des histoires de mort violentes, des combats, des sièges, des enlèvements… tout un programme ! Mais certains textes font jurisprudence et peuvent être considérés comme des textes de lois, récités de même par les poètes. Tous ces textes appris par cœur devaient permettre aux filid de répondre à toutes les questions qu’on pouvait leur poser. De par leur art, les poètes étaient particulièrement érudits et connaissaient le latin, le grec et même parfois l’hébreu.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les filid ne sont pas des bardes : ce ne sont pas des serviteurs chargés de distraire le roi.
Le file est l’égal du roi et, par ses textes, il l’informe et lui explique, grâce aux exemples des légendes, comment bien gouverner. La récitation d’une histoire par un file était une cérémonie en soi avec ses rites. Et ces histoires avaient pour particularité d’être bourrées de noms de lieux, d’étymologie et de renvois à des généalogies plus complexes les unes que les autres. Les irlandais – et sans doute les Gaulois – étaient férus de généalogie. Il est courant, dans les textes irlandais, de voir un personnage présenté avec ses liens de parentés sur 7 à 8 générations, J’ai même vu un exemple avec 28 générations citées. Retenir tous ces noms, ce n’était pas juste pour faire joli ou érudit. Ces connaissances étaient destinées à maintenir les preuves de la légitimité du roi. D’ailleurs, beaucoup de familles princières irlandaises ou galloises avait une généalogie qui, déjà à l’époque, couvrait plus de 500 ans, une généalogie qui, parfois, puisait ses racines dans les légendes et non dans l’histoire.
Le filid récitait donc ces textes, en chanson à un auditoire relativement aisé qui connaissait lui-même les textes et donc savait apprécier l’exactitude et la fidélité de la récitation. Il n’y avait pas vraiment de création de textes mais la répétition de textes connus depuis des décennies voire des siècles.
On pense que les passages importants des textes récités par cœur comme les discours, les dialogues et quelques descriptions étaient en vers et le reste dans une prose que le file pouvait enjoliver, allonger ou réduire, ce qui permettait d’actualiser le contenu tout en gardant l’essentiel.
les druides médecins, ambassadeurs...
On verra plus loin que, grâce à la parole, les druides ont beaucoup de pouvoirs, c’est pourquoi les filid étaient aussi puissants en Irlande. Mais les druides avaient encore d’autres spécialisations : ils étaient notamment médecins. Il existait trois types de médecines : une médecine magique, principalement liée à la parole et aux incantations, une médecine dite sanglante et une médecine végétale, avec les plantes. Fingen, le médecin légendaire du roi d’Ulster (Irlande du Nord) était réputé savoir déterminer la maladie d’un patient juste en regardant la fumée qui sortait de la cheminée de sa maison. Ou en écoutant ses soupirs. Ce même Fingen a réalisé ce qu’on pourrait appeler de la chirurgie mais, là encore, on est sur de la mythologie et même si la mythologie nous donne une idée des capacités des druides, il faut rester prudent et rien n’indique que les druides avaient des notions de chirurgie.
Enfin, plus improbable est le rôle de portier, un rôle que l’on trouve dans les textes mythiques. Il n’est jamais dit explicitement que ce sont des druides mais le fait que cette fonction amène à questionner les nouveaux arrivants et permette de renseigner le roi, laisse entendre que c’était effectivement des druides. Pour la petite histoire, il faut savoir que les druides étaient censés n’avoir aucune infirmité physique et être en pleine possession de leurs moyens. Pourtant, dans les légendes, ils sont souvent atrophiés : ils n’ont souvent plus qu’un œil mais, ils surpassent bien évidemment ce problème et n’en deviennent que plus puissants. C’est notamment le cas de ces fameux portiers qui n’ont souvent qu’un œil.
Toutes ces spécialisations, vous l’avez sans doute compris, s’entremêlent plus ou moins. Mais s’il y a un rôle qui est très important chez le druide, c’est celui d’enseignant.
L'enseignement et le recrutement des druides
L'enseignement des druides
Être druide n’était pas héréditaire : il n’existait pas de familles druidiques. Techniquement, tout le monde pouvait devenir druide s’il suivait leur enseignement. Enfin, tout le monde… Les classes aisées surtout qui envoyaient leurs enfants se former auprès d’eux sans doute moyennant finance. Mais il y avait beaucoup d’appelés et peu d’élus. Il faut dire que l’enseignement était exigeant et durait probablement au minimum de 20 ans. Et tous les élèves ne devenaient pas forcément druides mais la qualité d’élève auprès d’un druide était déjà, en soi, une promotion sociale.
La particularité de cet enseignement intensif est qu’il n’était jamais vraiment terminé et l’étudiant pouvait retourner chez son maître quand il pensait ne pas en savoir assez.
Les auteurs ont souvent raconté que cet enseignement était secret et dispensé à l’écart, genre dans la forêt. La forêt étant une sorte de sanctuaire naturel, l’idée n’est pas stupide. Sans aller jusqu’à dire que l’enseignement druidique était secret, considérant son exigence, sa difficulté et le statut du druide diplômé si je puis dire, il est logique de penser que ce savoir n’était pas dispensé en public. Il est enseigné sous forme de métaphores compliquées déclamées en vers, avec un usage complexe de la langue. D’ailleurs, les nobles suivaient l’enseignement des degrés inférieurs mais n’allaient pas forcément plus loin. Ils apprenaient la poésie, la généalogie et le droit, mais d’autres matières étaient ensuite enseignées, sans doute en fonction des spécialités de chacun, comme l’astronomie qui nécessite des connaissances en mathématiques, la géographie sacrée du monde des dieux, la physiologie avec la médecine végétale et incantatoire, la théologie, la musique, la grammaire ou encore l’éloquence.
Cet enseignement particulièrement pointu assurait un recrutement de qualité des futurs druides qui seraient alors en mesure de perpétuer les traditions et plaçait les druides en position de force en tant que formateurs de la jeunesse. Une formation qui, on l’a dit, se faisait exclusivement à l’oral. Du coup, c’est le bon moment pour aborder le problème de l’écriture.
Le problème de l'écriture chez les Celtes
Nous n’avons donc aucun texte écrit de la main des druides celtes, ce qui a fait dire à un certain nombre de chercheurs au fil des siècles que les Celtes ne savaient pas écrire. Or, l’absence d’écriture n’a rien à voir avec le niveau intellectuel de ce peuple. On sait qu’ils savaient écrire : César parle de tablettes administratives écrites en grec, il existe des inscriptions funéraires tardives et on sait que beaucoup de celtes écrivaient des lettres à leurs morts qu’ils jetaient sur le bûcher funéraire. Bref, ce n’est pas parce que les druides n’écrivaient pas, qu’ils ne savaient pas écrire, bien au contraire : les druides et leurs élèves connaissaient très bien l’écriture, ce qui a aussi fait dire que l’interdiction d’écrire les choses liées à la religion servait à trier les élèves pour que seuls les plus brillants puissent prétendre à de hautes fonctions.
Il n’existe pas d’alphabet celte mais les druides avait une écriture avec ce qu’on appelle des ogams. Elle était parfois utilisée dans la pratique magique mais c’était très rare parce que l’écriture, chez les Celtes n’était pas un moyen de transmission mais de fixation de la pensée. Écrire une formule de malédiction par exemple, la rendait éternelle. La pensée est dynamique, elle ne peut pas être fixée et c’est pour ça que l’enseignement se faisait à l’oral, notamment pour la poésie : cela permettait au savoir de se réincarner à chaque fois sans qu’il soit seulement déposé par les anciens pour les nouvelles générations et ça a permis sans doute d’actualiser un peu les récits. C’est pour ça que les spécialistes disent que la tradition celtique a été vivante tant qu’elle a été orale. En Gaule, le moment où on voit apparaître des écrits liés à la magie marque la décadence du peuple gaulois et, en Irlande, la connaissance des druides via les légendes a été mise par écrit, donc fixée, après la christianisation, quand les druides avaient disparu. Et ce n’est pas un hasard.
Le druide dans la société celte
Le druide et le roi
Je pense que vous commencez à bien saisir l’importance du druide dans la société celtique : il règle la vie de cette société et il a un rôle qui, même s’il reste religieux, est éminemment politique puisqu’il conseille le roi. Petit rappel sur l’Irlande celte : elle était composée de quatre grandes provinces gouvernées par des rois, soumis au roi d’Irlande qui siégeait dans une cinquième province dite centrale. Chaque province était composée de cantons, eux-mêmes dirigés pas des rois. Et il semblerait que la Gaule ait eu aussi des rois. Mais ces rois ne gouvernaient pas seuls, ils étaient tous accompagnés de druides. Le binôme roi/druide était essentiel dans la société celtique. Le druide était supérieur au roi dans le sens où il détenait le pouvoir spirituel et que le pouvoir spirituel était supérieur au pouvoir temporel, le pouvoir du roi.
On l’a vu, les filid récitaient des textes censés aider le roi à être un bon roi. Le bon roi celte est un roi qui prend les impôts mais donne des contreparties à ses sujets, protège les faibles, punit ou récompense ceux qui doivent l’être (un code de conduite qu’on aimerait bien voir appliqué de nos jours). Le druide ne donne pas d’ordre mais il conseille et le roi agit en fonction de ces conseils. Mais le druide a aussi des obligations envers le roi puisqu’il lui doit conseil, il doit faire des prédictions pour lui, rendre la justice et l’aider par sa magie : il ne peut refuser son service au souverain. Mais si le roi agit en mauvais roi, le druide peut le punir. Alors, dans les légendes, les poètes punissent les mauvais rois en chantant une satire. Ça ne semble pas grand-chose comme ça mais la parole d’un druide étant magique, ça se terminait souvent mal pour le roi.
Et s’il y avait de mauvais rois, il pouvait aussi y avoir de mauvais druides. Dans les légendes les mauvais druides commettent l’adultère, notamment avec la reine (parce si les druides avaient la possibilité de se marier, les rois, eux, en avaient l’obligation). Le mauvais druide prononce une satire injuste envers le roi ou usurpe la royauté. En gros, le mauvais druide trahit le roi. L’entente et le fonctionnement de la relation entre ces deux-là était la clé de voûte de la stabilité de la société celte. Ça explique peut-être d’ailleurs en partie la fin de la civilisation celte quand, en Gaule, l’aristocratie militaire s’est soulevée contre la royauté. Chez les Eduens notamment, la royauté a été purement et simplement supprimée, laissant le pouvoir entre les mains d’un magistrat élu. La chute de la royauté a sans doute créé une rupture définitive dans cet équilibre précaire. Et l’Irlande ne déroge pas à la règle puisqu’on sait que les druides et les rois ont fini par s’opposer les uns aux autres.
De la naissance à la mort: les druides dans la vie quotidienne des Celtes
Quand le druide donne un nom
Décidément très occupés, les druides ne se contentaient pas de siéger auprès du roi, il officiait aussi auprès de la population dans les moments importants de la vie. Ce sont eux qui choisissaient le nom des gens en fonction d’une particularité ou d’une circonstance. L’un des exemples mythiques les plus connus est celui du héros irlandais Cuchulainn, qui s’appelait Setanta au début de sa vie mais, lors de son enfance, il tua le chien du forgeron Culann.
Un druide le renomma alors, Cuchulainn, ce qui signifie « le chien du forgeron ». Les druides choisissaient aussi le nom des villes et des sites et s’aidaient, pour cela, de la divination.
Mais le nom n’était pas la seule chose que les druides donnaient, ils déterminaient aussi des interdits parfois assez lourd. Tous les guerriers avaient des interdits et le fameux Cuchulainn n’y coupe pas. Il ne pouvait pas, par exemple, entrer dans une maison sans en consommer la nourriture et il n’avait pas le droit de manger du chien à cause de son nom. Les rois avaient aussi beaucoup d’interdits. Pour la petite histoire, les fameux magistrats gaulois qui ont remplacés les rois n’avaient pas le droit de voyager hors de la cité ni de combattre, sans doute un héritage de ces interdits. Cela servait à contraindre la classe militaire à se plier à des règles conformes à leur classe sociale et, de fait, les druides n’étaient soumis à aucun interdit.
Les funérailles celtes et l'immortalité de l'âme
Si le druide est présent au début de la vie, il l’est aussi à la fin. Sans grande surprise, il officie aux funérailles, en tous cas à celles des héros et des rois, lors desquelles il chante une plainte funèbre et un éloge et il s’occupe de la gravure éventuelle d’une stèle funéraire écrite avec des ogams. Il veille au bon passage du défunt vers l’Autre Monde, que celui-ci soit inhumé ou brûlé sur un bûcher. Les funérailles celtes sont assez particulières et n’ont pas aidé à améliorer leur réputation déjà bien entachée par l’histoire des sacrifices humains. On a des cas où des gens (vivants apparemment) étaient enterrés avec le défunt ou brûlés avec lui (en fonction du type de funérailles), sous l’égide des druides. Il faut savoir que les personnes qui accompagnaient les défunts dans la mort étaient parfois des animaux, des esclaves ou des proches qui, pour ces derniers, étaient parfois volontaires. Mais le pire c’est qu’à aucun moment ce n’est considéré comme un châtiment, une notion qui n’existe pas chez les Celtes ! Et puis, si on regarde chez les Grecs, il est fait mention dans l’Illiade de ce genre de phénomène : lorsque Patrocle, le compagnon d’Achille, meurt, des hommes et des animaux sont immolés avec lui, ce qui laisse entendre que ce genre de rituel avait potentiellement lieu dans la Grèce archaïque et donc que ce n’était pas du tout un phénomène isolé.
Mais surtout, cela nous permet de mettre le doigt sur une croyance fondamentale chez les Celtes et que les druides enseignaient : l’immortalité de l’âme. Dans certaines légendes on a quelques cas de métempsychose, ce qui veut dire que l’âme de certains druides mythiques a migré dans des corps d’animaux ou dans des plantes. Du coup, on a cru longtemps que les Celtes croyaient à la réincarnation. Mais en fait, cette immortalité de l’âme signifie que le défunt continuera éternellement sa vie dans l’Autre-Monde. Et cette croyance a fait couler beaucoup d’encre côté romain parce qu’ils pensaient que cela rendait les Gaulois plus courageux et téméraires au combat : pourquoi craindre la mort, quand on sait qu’au final, on ne mourra jamais vraiment ? Alors qu’en fait, la guerre faisait partie intégrante de la société celte et que les Celtes n’ont jamais eu besoin d’encouragements pour faire la guerre.
Le sanctuaire celte
Pour terminer sur le sujet du travail du druide dans la société celte, il reste à aborder rapidement la question du sanctuaire. Pendant longtemps on a pensé que les druides officiaient uniquement dans la forêt.
Il faut dire que c’est un endroit particulièrement important et que les arbres sont liés au pouvoir du druide., on le verra après. On sait aussi que les druides enseignaient sans doute en partie en forêt. Et puis, contrairement aux romains, il n’y avait pas besoin d’un endroit pour abriter des statues de dieux. Finalement, dans les années 80 (1980) on a trouvé des restes archéologiques de sanctuaires, en dur, construits en bois et en torchis comme, par exemple, celui de Gournay-sur-Aronde qui date du IIIe siècle avant notre ère. Mais ce sanctuaire, décoré de têtes d’ennemi ou d’armes, entourait très probablement un bois sacré.
Les druides et le calendrier celte
Si les druides étaient présents à tous les moments-clés de la vie des celtes, ils étaient aussi maîtres du calendrier. Et c’est logique, le temps et sa mesure appartenaient aux dieux, donc aux druides. Le Dagda, le dieu-druide irlandais, avait d’ailleurs la capacité de suspendre le temps et, plus globalement, tous les habitants du Sid, l’Autre Monde, échappaient au temps : c’est la raison pour laquelle, lorsqu’un héros pénétrait dans le Sid une seule journée, quand il revenait parmi les humains, des années voire des siècles avaient passés.
On a un exemple assez exceptionnel de calendrier celte bien que très fragmentaire et très tardif puisqu’il date du Ier siècle de notre ère : le calendrier de Coligny. Il a permis de vérifier un certain nombre d’hypothèse quant au temps tel qu’il était calculé par les druides celtes.
Ce calendrier est luni-solaire mais on sait que les celtes ne comptaient pas les jours mais les nuits, ce qui explique que la première des deux saisons de l’année celte soit la saison sombre qui dure six mois avant la saison claire. Il a aussi permis de vérifier les dires de Pline, un auteur romain, qui nous explique que les Gaulois faisaient commencer leurs siècles, leurs années et leurs mois après le sixième jour de la lune et que leurs siècles duraient seulement 30 ans.
Le calendrier de Coligny, prévu pour 5 ans, permet aussi de valider le fait que les druides connaissaient effectivement bien l’astronomie et donc les mathématiques. Ces connaissances servaient notamment aux druides pour déterminer la date des grandes fêtes religieuses, les quatre moments-clés de l’année celte qui commençaient à la saison sombre par une fête que vous connaissez bien, Samhain. Comment ça ne vous connaissez pas cette fête ? Ah, ça va pas du tout, ça veut dire que vous n’avez pas écouter l’épisode sur les origines d’Halloween !!
Effectivement Samhain, Samonios chez les gaulois est l’ancêtre d’Halloween et la fête la plus importante, à tel point que c’est la date mythique de presque tous les grands évènements relatés dans les légendes irlandaises. Cette fête qui clôture la saison militaire est un moment administratif fort, puisqu’on y fixe des règles et des lois, et l’occasion d’un riche et grand banquet royal où on se pinte littéralement la gueule et où on mange beaucoup. Il est interdit d’y être violent justement parce que la fête est dirigée par des druides, notamment des filid qui y ont une place particulièrement importante. Mais je ne rentrerai pas dans les détails, je vous renvoie simplement à l’épisode 3 sur Halloween.
La seconde fête, qui est une fête de mi-saison, le printemps celte, se nomme Imbolc et a lieu le 1er février. Sans doute placée sous l’égide de la très puissante déesse triple Brigid, elle a cependant été très christianisée. C’était sans doute une fête liée à la fécondité, mais comme tout ce qui concerne le culte de Brigid a été occulté, on n’en sait pas beaucoup plus, d’autant que c’était la moins importante des quatre fêtes. Pour la petite histoire, c’est devenu notre Chandeleur.
Beltaine est la troisième fête et elle est presque aussi importante que Samhain car elle marque le début de la saison claire, au 1er mai. C’est la fête du feu de Bel, Bel étant sans doute un surnom du dieu Lugh, très important dans le panthéon irlandais, en lien avec le Bélénus ou Bélénos gaulois. Beaucoup d’évènement des légendes se passent également à Beltaine, une fête placée sous l’égide des druides et sous la puissance de l’élément feu. C’est d’ailleurs sans doute à cette date qu’avaient lieu les fameux sacrifices dans des mannequins de paille. Comme toutes les autres fêtes elle a été christianisée et est entrée dans le folklore sous le nom de May Day en Irlande et en Grande Bretagne. Chez nous, en France, elle s’est peu à peu décalée et c’est devenu les feux de la saint Jean.
Enfin la dernière fête est Lugnasad qui veut littéralement dire « l’assemblée de Lug ». Célébrée le 1er août, c’était surtout une fête politique centrée autour de la personne du roi qui, rappelons-le, était garant de la prospérité, de la paix et l’abondance de son royaume. Si le roi refusait de célébrer Lughnasadh, le royaume risquait de connaître fléaux et calamités. Fête politique, l’assemblée du 1er août était aussi économique. Pêle-mêle, on y trouvait des foires pour faire des échanges économiques, on participait à des jeux, des courses, à pieds ou à cheval, on pouvait aussi s’y marier, définitivement ou temporairement (oui, il y avait une sorte de mariage avec période d’essai). Si les druides ne sont pas au centre de cette fête, ils y sont néanmoins très présents, ne serait-ce qu’en leur qualité de poètes puisqu’à Lugnasad, on écoute de la poésie et de la musique.
Lors de ces fêtes, les druides montrent leur savoir et leur magie, une magie qui, selon les légendes, puisent dans les éléments, la nature ou le pouvoir des mots.
Les techniques magiques du druide
Le druide, maître des éléments
Pour servir les dieux tout autant que sa communauté, le druide, du moins dans les légendes, se sert de ses pouvoirs et ses pouvoirs sont immenses. En plus d’être le maître du temps, il est le maître des éléments, notamment du feu : ce n’est pas pour rien si les deux fêtes les plus importantes du calendrier celte sont sous l’égide du feu. Le feu druidique est tellement puissant que la veille de Samhain, en Irlande, tous les feux devaient être éteints pour que seul brûle celui allumé par les druides. Rappelons-le, le feu était utilisé pour le sacrifice.
Les druides légendaires ont aussi un grand pouvoir sur l’eau : ils peuvent lier et délier les eaux, c’est-à-dire assécher les lacs ou les rivières et les remettre en eau. L’eau des druides a des pouvoirs de guérison et ce n’est pas très étonnant : l’eau a un lien direct avec le Sid puisqu’on y accède principalement par voie maritime.
Le druide dompte aussi l’élément air et est capable de créer la tempête sur la mer et ce qu’on appelle le souffle druidique qui est utilisé pour créer une illusion. Et son pouvoir sur la terre se traduit par un affaissement des collines qui s’abattent sur l’ennemi.
Enfin il y a le mélange des éléments à travers le brouillard druidique qui sert, aux druides ou aux habitants de l’Autre Monde d’ailleurs, à se dissimuler aux yeux des humains.
Dans les légendes, lors des guerres, les druides peuvent invoquer les éléments pour leur camp respectif et lancer des invocations pour qu’ils se combattent. Les éléments sont très importants dans la culture celte et lorsqu’on fait un serment, on le fait souvent en les invoquant : « Je jure par les éléments blablabla ». Et c’est du sérieux : les éléments sont contrôlés par les druides, donc ont un lien avec l’Autre Monde et les dieux, on ne les invoque pas à la légère.
Le pouvoir des mots du druide
La satire des Filid
Les éléments obéissent au druides parce qu’ils sont invoqués. En fait, le plus grand pouvoir des druides est la parole. On avait commencé à entrevoir le sujet avec la satire des poètes qui, sous ce terme peu inquiétant, recouvre une réalité bien plus dangereuse : la parole des druides peut tuer. La satire et donc la poésie est de la magie incantatoire : c’est une sentence prononcée par le druide. Mais quand la satire est injuste ou faite à mauvais escient, c’est le druide qui est puni. Cette incantation chantée, dans les légendes, provoque souvent la déchéance physique (laideur, difformité) ou intellectuelle (honte, impuissance, lâcheté) et constitue une véritable condamnation à mort.
La divination
Mais la parole du druide ne sert pas qu’à punir ou à louer, elle sert aussi et souvent à prédire. Les Celtes étaient extrêmement sensibles aux présages. On lit des présages dans le vol des oiseaux, dans la course d’un lièvre mais aussi dans les rêves, à l’exemple de celui qui était provoqué par les druides pour trouver le nouveau roi d’Irlande. Bien avant Freud – et bien mieux j’espère – ils analysaient et expliquaient les rêves des autres mais allaient aussi parfois passer la nuit près des tombeaux des héros pour avoir eux-mêmes des visions nocturnes. Quand la divination nécessitait des incantations, on faisait appel aux filid dont c’était la spécialité.
La divination pouvait se faire par d’autres moyens comme les bois par exemples, des baguettes probablement gravées avec la fameuse écriture ogamique. Cette technique était utilisée par les druides pour déterminer les jours fastes et les jours néfastes du calendrier et chaque jour, les druides regardaient les signes.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que la prédiction du druide, parce que sa parole est magique, contraint l’évènement à se produire. Reprenons l’exemple du héros Cuchulainn. Les légendes racontent que, quand il était petit, il a entendu le druide annoncer le signe du jour : quiconque prendrait les armes ce jour-là aurait une vie glorieuse mais courte. Le petit Cuchulainn part illico demander des armes et un char. À partir de là, son destin est scellé parce que la parole des druides est tellement puissante que même eux ne peuvent changer le cours des choses.
La médecine magique du druide et les plantes
On va pas se mentir, à partir de ces données issues des légendes, il n’est pas toujours évident de se faire une idée de l’activité magique des druides. Là où ça nous parle un peu plus c’est l’utilisation des plantes. Évidemment, les druides n’utilisaient pas n’importe quelles plantes. Si le bois d’if est souvent utilisé pour faire des baguettes de divination, le pommier, le sorbier, le coudrier et surtout le chêne sont considérés comme des arbres druidiques. Plus généralement, partout dans le monde celte, le bois a une valeur divinatoire. Il existe même un mythe celte à base de forêt ensorcelée qui part combattre à la guerre.
C’est avec le sorbier et le coudrier qu’étaient allumés les feux druidiques des légendes. La pomme est vue comme un fruit d’immortalité, de science et de sagesse, offert par les messagères de l’Autre Monde. Au sommet de la hiérarchie végétale trône le chêne, symbole de l’union du savoir et de la force, d’où l’extrême importance du gui chez pour les druides.
Bon, la serpe d’or de Panoramix est sans doute un instrument plus cultuel que pratique, mais si Panoramix est obnubilé par la cueillette du gui, c’est parce que le gui a la réputation de tout guérir : c’est une plante de l’Autre Monde. Il est même utilisé lors de l’élection royale en Irlande.
Mais il n’y a pas qu’avec les plantes que les druides soignent. Ils soignent aussi avec l’eau, il reste d’ailleurs beaucoup de croyances dans le folklore irlandais relative à l’eau qui guérit à Beltaine notamment. Les filid peuvent aussi soigner avec la musique mais, dans les légendes, musique et sommeil sont souvent liés. D’ailleurs le Dagda, le dieu-druide, joue lui-même de la harpe des airs réputés endormir. Mais il n’y a pas que la harpe qui endort, il y a aussi la pomme. Rien à voir avec Blanche-Neige par contre : on trouve dans certaines légendes irlandaises la mention d’une branche de pommier qui fait de la musique et qui endort les gens.
Les déplacements et l'orientation: la magie des mouvements des druides
Pour en terminer avec la magie des druides, on va évoquer les mouvements (oui tout ce que font les druides est magique, du début jusqu’à la fin). En Irlande et probablement en Gaule, il existait un système complexe parce – que très différent du nôtre – concernant l’orientation, que ce soit en terme de points cardinaux ou en termes de gauche et droite. Dans ce système, on considère que, puisque le soleil, quand il est au nord, est caché, le Sid est forcément situé au Nord. D’ailleurs, on dit que ce sont les îles au Nord du monde : quatre îles mythiques sur lesquelles règnent… devinez quoi : quatre druides.
Je ne vais pas rentrer dans les détails sur le sujet mais disons que, de fait, les druides respectaient ce système dans leur déplacement, notamment lors les rituels, en suivant le sens du soleil, notamment pour la circumambulation, c’est-à-dire lorsqu’il avaient besoin de tourner autour de quelque chose ou d’un site parce que ce déplacement est générateur de magie, oui encore. C’est tellement ancré dans la mémoire collective irlandaise que la coutume a longtemps été conservée, lors d’une inhumation, de faire trois fois le tour du cimetière dans le sens de la marche du soleil.
Le folklore, même s’il en a perdu le sens, garde la mémoire de temps parfois très anciens.
Quand les druides disparurent...
La disparition des druides en Irlande
Bon, vous vous en êtes rendus compte, pas facile de savoir quelles étaient exactement la capacité des druides en se basant sur les légendes, vu que les druides des mythes irlandais feraient pâlir n’importe quel superhéros Marvel.
Mais comment des personnages réputés aussi puissants ont-ils pu disparaître ? En Irlande, je vous l’ai dit, leur disparition est assez tardive, au début du Moyen Âge, et s’est fait par assimilation après la conversion des irlandais au christianisme. Si la christianisation marque une rupture religieuse indéniable, la société celte s’est adaptée à ce nouveau mode de pensée pourtant incompatible le leur. De toutes façons, une fois la nouvelle religion installée, la religion celte et donc les druides, ne pouvaient subsister, eux qui interdisaient l’usage de l’écriture religieuse. La religion chrétienne, elle, est la religion du livre et de l’écrit. Les chercheurs pensent que ce sont les filid, les druides-poètes qui détenaient les connaissances sur les légendes et les mythes de l’Irlande qui, une fois christianisés, ont mis par écrit leur savoir, tout en le mettant au goût de la nouvelle religion. C’est pourquoi, dans ces textes, on a beaucoup de saints chrétiens irlandais qui ont des caractéristiques druidiques indéniables.
La disparition des druides en Gaule
La fin du druidisme en Gaule a été sensiblement différente du fait de la romanisation qui a fait disparaitre la civilisation celte bien plus tôt. Il n’est pas impossible que les peuples celtes aient été séduits par la « modernité » de l’époque (avec tous les guillemets qui s’imposent) : le mercantilisme, la représentation des dieux etc. Cette « modernité » s’est imposée peu à peu d’une part avec la conquête romaine du Sud-Est de la Gaule en l’an 125 et avec l’installation des premières démocraties constitutionnelles gauloises comme les Eduens, démocraties qui ont rendu les druides inutiles. Reprenons le cas de Diviciacus, le druide Eduen : en allant demander de l’aide aux romains, il a trahi les intérêts des peuples gaulois, ce qui est contraire à l’éthique des druides, il était riche et faisait de la politique. Il n’a plus grand-chose à voir avec les anciens druides.
La romanisation administrative de la Gaule a dû mettre un coup d’arrêt aux activités druidiques mais il faut aussi prendre en compte que ces mêmes druides étaient issus de la noblesse celte guerrière et que beaucoup de ces soldats sont morts ou se sont enfuis (en Grand -Bretagne, principalement). Par ailleurs, César dit que la révolte menée par Vercingétorix a été fomentée au sein de la forêt des Carnutes. Et que trouve-t-on dans la forêt des Carnutes ? L’assemblée des druides. Donc, il y a fort à parier que César a tout fait pour qu’ils disparaissent. Mais il semble qu’ils aient continué à poser problèmes après la mort de César si on en juge par les édits pris par Auguste et Tibère. En interdisant aux citoyens romains de participer à des activités druidiques, le décret d’Auguste a obligé les élites gauloises, devenus romaines donc, à choisir entre leur position au sein de leur propre peuple ou leur position vis-à-vis de Rome. On dit que les druides ont disparu lors du règne de Tibère et le druidisme sous le règne suivant, celui de Claude, au tout début de notre ère. Est-ce que c’est vrai ou non ? Toujours est-il que le druidisme tel que le pratiquaient les anciens gaulois n’a, de toutes façons, pas survécu à la christianisation qui s’en est suivie quelques siècles plus tard. La mémoire druidique, qui était sans doute restée après leur disparition, s’est sans doute étiolée faute d’être corrigée et des sorciers et prophètes de tout genre ont pullulé dans tout l’empire romain, notamment sous Néron (qui a succédé succède à Claude). Ces sorciers ont pris parfois le nom de druides en Gaule mais plus personne n’était alors en capacité de contester leur position puisque les vrais druides avaient disparu.
L'imaginaire autour des druides
Ça y est, l’histoire est finie me direz-vous. Pas tout à fait, parce que l’imaginaire autour des druides s’est très largement développée, jusqu’au cycle arthurien. Oui, Merlin est souvent qualifié de « druide ».
Du coup, a postériori, on aura tendance à appliquer aux druides la qualité d’enchanteur.
La Renaissance va en rajouter une bonne couche parce qu’à la Renaissance, on redécouvre l’Antiquité encore une fois et on redécouvre du même coup César. Les gaulois sont alors tout à fait mis de côté : on ne parle même plus de civilisation mais de population autochtone descendante des temps anciens, préhistoriques. Mais, quand même, comment expliquer que César, si brillant, ait dû batailler aussi fort contre des barbares qu’on considérait incultes ? Et là, on a inventé une solution à ce problème : on s’est dit que cette civilisation barbare avait dû être très importante à ses débuts, il y a fort fort longtemps. Et ça tombait bien, y avait pas mal de grosses pierres qui traînaient dans le paysage et dont on se demandait comment des trucs aussi gros et anciens avaient pu être mis debout ou empilés.
Et c’est comme ça qu’on a attribué aux Celtes la construction de sites mégalithiques beaucoup plus anciens, Stonehenge, les alignements de Karnak etc. et on va imaginer les druides pratiquer des sacrifices sanglants dans ces sanctuaires qui, pour certains, ont quand même été bâtis plus de 6 000 ans avant les Celtes. Mais cette croyance va avoir de l’audience pendant près de trois siècles, ce qui explique qu’elle ait fait long feu.
En 1716, John Todland, d’origine irlandaise of course, très critique envers la religion chrétienne, encourage une religion universelle dont les druides seraient les précurseurs et crée le Druid Order en Angleterre qui mêle spiritualité, folklore et mystique ce qui ajoute encore un peu plus à la confusion. Les Romantiques vont inventer des personnages de druidesses, ce qui retardera d’autant plus les progrès sur le sujet malgré les avancées de l’archéologie. Ce n’est qu’au XXe siècle qu’on va se pencher sérieusement sur le sujet mais la recherche restera très longtemps tributaire du témoignage de César qui fausse la chronologie et qui, comme on l’a vu, n’était pas tout à fait honnête.
Bon et alors, notre Panoramix national est-il un vrai druide ? Il est habillé en blanc, couleur du sacerdoce, ok. Il conseille aussi le chef, et ça c’est très vrai. Par contre, ses activités sont limitées puisqu’il passe surtout son temps à couper du gui avec une serpe d’or, une image d’Épinal que l’on doit à l’auteur romain Pline. Quant à la potion magique, il n’est pas impossible que ce soit un hommage à la légende celte de la fontaine de santé qui guérissait miraculeusement les guerriers et, en ça, c’est peut-être finalement un bon résumé de la puissance des druides celtes.
Crédits:
Extraits de films et de séries :
- Kaamelott, Livre IV, Chapitre 34, 2006
- Les sorcières de Salem (Raymond Rouleau), 1957
- Les 12 travaux d’Astérix, 1976
- Astérix et Cléopâtre, 1996
- Astérix et la surprise de César, 1985
- Astérix le Gaulois, 1967
- Kaamelott, Livre II, Chapitre 42, 2005
- Kaamelott, Livre V, 2007
- Merlin l’enchanteur (1963)
Musiques utilisées dans l’épisode:
- Astérix le Gaulois – Thème d’Astérix (Gérard Calvi)
- Sports music (Nick Valerson)
- Avalon (Julius H.)
- Slow immersion (PSamule F. Johanns)
- Lone Wolf (Guilherme Bernardes William)
- X-Files (Mark Snow)
- Celte (Frédéric Sylvestre)
- Où sont les femmes (Patrick Juvet)
- Beata (OB-LIX)
- Sinister cathedral (Asher Fulero)
- Advenures of the keys (Oleksii Holubiev)
- Land of wonders
- Surveying a disaster (P. Richmond)
- Warmbright fantasy ambient (Vlad Bakutov)
- Birds in the forest (Semen Surin)
- Bellish(Alfred Grupstra)
- Fire Sound effects (Max Hammarbäck))
- Water (Dany)
- Wind blowing (Dragon studio)
- Nature (Alisia)
- Ambient forest rain (Kevin Oh)
- Bonsoir, bonne nuit (Johannes Brahms)
- Nikita Kondrashev
- The star of the county down (Alban Gogh)
- Les 12 travaux d’Astérix – Thème principal (Gérard Calvi)
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